reportage. Quelle entreprise symbolise mieux la Suède qu’Ikea ? Pour s’en convaincre, il suffit de comparer un appartement parisien à un intérieur de Shanghai et d’y compter le nombre d’objets Ikea. L’an dernier, l’entreprise a attiré plus d’un demi-milliard de visiteurs dans ses magasins aux couleurs du pays. Les clés de son succès se trouvent à Älmhult, à 500 kilomètres au sud de Stockholm.
Une rue Ikea à Älmhult
C’est là que le fondateur d’Ikea, Ingvar Kamprad, a ouvert son premier show-room en 1953. Aujourd’hui, la bourgade de 8 000 habitants est organisée autour du groupe d’ameublement, installé près de la gare. D’un côté, de jolies petites maisons de style suédois, la place centrale et sa fontaine, l’épicerie-bar-tabac. De l’autre, un entrepôt central de 180 000 m3, qui alimente tous les magasins du pays, le siège de la filiale financière et le centre névralgique du groupe, Ikea of Sweden, où sont pensés, élaborés et dessinés les produits. “On trouve aussi les ateliers, où sont réalisés les prototypes, et le studio où est photographié le catalogue”, explique Nicolas Cortolezzis, designer suisse qui travaille chez Ikea depuis 1993.
Officiellement, Ikea ne veut pas trop s’immiscer dans la vie de la ville, mais l’entreprise a implanté pour son personnel une maison d’activités, une salle de musique et une salle de gym. Elle possède aussi une rue à son nom.
Des secrets bien gardés
Si Ikea est prêt à discuter de ses méthodes de fabrication, le fabricant garde jalousement ses secrets : les visiteurs sont reçus dans l’entrée. Pas question d’aller voir – et encore moins de photographier – ce qui se trame dans les bureaux de cette machine à concevoir d’une efficacité redoutable. “Il faut entre un an et demi et deux ans pour qu’une idée arrive en magasin, explique Nicolas Cortolezzis. Nous avons 9 500 objets dans le catalogue. Un nouvel objet remplace un ancien, explique le designer. Cinq personnes sont chargées de définir les grandes tendances des cinq ou dix ans à venir.”
Les clients sont aussi mis à contribution. “Aux Etats-Unis, on a demandé à nos clients de photographier les chambres d’ados. Ces photos sont analysées pour élaborer de nouveaux objets.” Ensuite vient la question du prix : “Il faut réfléchir aux matériaux, à la taille, au nombre de colis sur chaque palette : tous ces aspects détermineront le meilleur prix en magasin”, détaille Nicolas Cortolezzis.
Ikea travaille beaucoup sur le bambou. “C’est un bois qui en trois ans, possède la dureté qu’on obtient avec un feuillu vieux de trente à cinquante ans”, explique-t-il. Tout ce travail de recherche s’effectue en équipe : “On discute de tout à chaque étape, pour éviter au maximum les erreurs de lancement.” Une recette bien rodée, mais qui ne se partage qu’en famille.

































