A gauche, un ancien Premier ministre, Laurent Fabius. A droite, le chef du gouvernement en exercice, François Fillon. Sous les applaudissements de leur camp ou les huées de leurs adversaires, les deux hommes se sont rendus coup pour coup, hier à la tribune de l’Assemblée, lors de l’examen de la motion de censure déposée par le PS contre la politique du gouvernement.

Le vainqueur de ce matche de boxe parlementaire était connu d’avance. Sans surprise dans un hémicycle largement dominé par l’UMP, cette troisième motion depuis 2007 a été rejetée. L’essentiel était ailleurs. Pour la gauche, l’objectif n’était pas de renverser le gouvernement mais de faire entendre sa voix, après avoir assisté en silence au discours de Nicolas Sarkozy à Versailles. François Fillon, lui aussi muet lors du Congrès et souvent raillé pour sa discrétion, a saisi l’occasion pour exister politiquement.

L’arroseur arrosé
« Monsieur Sarkozy s'est fait élire comme le candidat du pouvoir d'achat. Aux yeux de tous les Français, il est monsieur chômage et monsieur déficit". Très à l’aise, s’exprimant sans note pendant les vingt minutes qui lui étaient allouées, Laurent Fabius a attaqué à la fois « l’égoprésidence » du chef de l’Etat et la politique économique et sociale de son gouvernement. Il a notamment déploré « la vocation publicitaire » du grand emprunt national. Le député de Seine-Maritime a aussi fait quelques propositions, comme la suppression du bouclier fiscal.

La réponse de François Fillon a été cinglante. Suivant à la lettre son discours écrit, le Premier ministre a pris un malin plaisir à railler les socialistes, taxés de « manichéisme" et accusés d'être incapables de se livrer à l’"autocritique ». Le PS voulait dénoncer la politique de François Fillon, il lui a offert une tribune pour plaider en faveur de l’action gouvernementale. « Je n’ai entendu qu’une chose, c’est ‘on continue, on fait comme avant’ », a déploré le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault.