Mis à jour 06-09-2009 20:45

"Celui qui sera élu ne sera pas légitime"

Karim Pakzad, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste de l’Afghanistan.

Karim Pakzad

Karim Pakzad

Photo : DR

Se dirige-t-on vers un second tour en Afghanistan ?
La commission électorale n’a pas encore pris sa décision, qui lui sera dictée par la communauté internationale. Si les résultats restent en l’état, (48,6% pour Hamid Karzaï et 31,7% pour Abdullah Abdullah, ndlr), il devra y avoir un second tour. De toute façon, celui qui sortira en tête ne pourra pas être considéré comme légitime. A peine 30% des Afghans ont voté, alors qu’ils étaient 75% en 2004. Dans certaines régions, il n’y a même pas eu de bureau de vote. La faible participation n’est pas due qu’à la menace des talibans mais également au sentiment que le candidat que les étrangers ont choisi sera élu. Et, de jour en jour, de nouvelles preuves de fraudes massives, orchestrées par le gouvernement Karzaï, sont apportées.

Qui de Karzaï ou d’Abdullah va l’emporter selon vous ?
Karzaï est certain de perdre en cas de second tour, car son gouvernement est corrompu et il s’est associé à des chefs de guerre haïs de la population. Son but en concluant ces alliances était de montrer aux Américains qu’il a la clef d’une certaine stabilité dans les régions où il n’y a pas de talibans, notamment au centre du pays. Mais la population n’y a pas respecté la consigne de vote du seigneur de guerre local et a préféré voter pour Abdullah, qui a un vrai projet politique. De plus, tous les autres candidats appelleront à voter contre Karzaï en cas de second tour, et donc pour Abdullah Abdullah. Quoiqu’il en soit, celui qui sera élu ne sera pas légitime. Si c’est Karzaï, on saura que c’est par la triche. Et si Abdullah est élu lors d’un second tour imposé par la communauté internationale, il devra son élection à la pression des forces étrangères.

Quels atouts a Abdullah ?
Abdullah n’a pas été un chef de guerre. Il a été conseiller de Massoud et a porté les armes mais n’a jamais tiré une seule fois. Il n’est pas contre le dialogue avec les talibans mais il a pour projet de changer la constitution, de remplacer le régime actuel par un régime parlementaire, d’introduire quelques éléments de fédéralisme dans le pays, de rediscuter l’accord stratégique conclu avec les Etats-Unis et de lutter contre la corruption, qui gangrène le gouvernement Karzaï.

Qui peut sortir l’Afghanistan du bourbier ?
Il n’existe pas de solution militaire en Afghanistan. Il faudra un jour ou l’autre dialoguer avec les talibans. Et pour aboutir à la paix, il faut un gouvernement fort, légitime et pas corrompu à Kaboul. C’est la clef de tout. Sinon, les talibans dicteront leurs exigences. Cette présidentielle était l’occasion de mettre en place un gouvernement accepté par la population, en tout cas par ceux qui sont contre les talibans, mais l’occasion a été gâchée. Maintenant, les Américains poussent les deux candidats à mettre en place un gouvernement de coalition. Abdullah a refusé catégoriquement en exigeant le respect des votes. On est devant une impasse politique, qui se rajoute à l’impasse militaire.

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