On a beaucoup commenté votre “exil” new-yorkais. En quoi était-il nécessaire ?
Après un cycle de huit ans où j’ai enchaîné studio, promo, tournée, j’avais envie de retrouver les miens, notamment mes deux aînés qui sont installés aux Etats-Unis. On a beaucoup dit que j’allais là-bas à cause de Sarko or j’y ai habité douze ans au cours des vingt dernières années ! Et lorsque j’ai commencé à travailler sur l’album, je me suis réinstallé en France avec plaisir.
La Grosse Pomme a-t-elle beaucoup influencé votre nouveau disque ?
Ce sont des images, des couleurs, une expérience musicale, du vécu tout simplement. Comme si je racontais New York a des gens qui ne peuvent pas y aller. Car je m’adresse toujours à mon public francophone. D’ailleurs si je n’étais pas en France, je continuais à m’informer de son actualité.
“Frontières” est un terme omniprésent dans l’actualité hexagonale. Hasard ou coincidence ?
Il y a des gens qui ont l’air surpris par la politique actuelle du gouvernement. Franchement ça m’étonne. Il y a des gens qui ont l’air rassuré. Ca, ça m’afflige. Mais il y en aussi beaucoup qui ont vu le coup venir !
Regrettez-vous vos prises de positions à l’encontre de Nicolas Sarkozy ?
Disons que j’essaie de prendre un peu de recul. Pour mon bien être personnel d’abord, mais aussi parce que je ne veux pas prendre les gens autour de moi en otage. Notre association Les Enfants de la Terre travaille avec les hôpitaux de Paris et avec la DAAS, on a tous une passion commune pour l’engagement social, pas forcément les mêmes opinions.
Vous avez assisté à l'élection de Barack Obama qui a fait rêver la terre entière. C'est déjà loin, non ?
Prenez la mosquée près de Ground Zero. C'est un geste très tolérant. Peut-être trop. Peut-être que les gens ne sont pas prêts ? Je crois qu'Obama a encore sincèrement la foi. Jusqu'au moment où il ne l'aura plus et là, tant pis pour nous. Il ne restera plus que les cyniques et des manipulateurs ! Mais j'ai encore envie de rêver, même un an ! Ce que Barack Obama a fait pour la sécurité sociale, c'est énorme pour des millions d'Américains. C'est une vraie réforme. Ce n'est pas le bouclier fiscal !
Vous êtes la personnalité préférée des Français depuis 2004. Comment l’expliquez-vous ?
Au début, ça m’a surpris. Le meilleur c’est Zizou, non ? Sérieusement, je pense que c’est dû à mon travail associatif. Les Français respectent mon engagement. Parce que je reste persuadé qu’il faut s’occuper des mômes en difficulté, qu’il faut aller visiter les prisons...
Les déboires des Bleus prouvent-ils que les sportifs actuels sont complètement déconnectés de cette réalité que vous décrivez ?
Les Bleus font partie d'une nouvelle génération d'athlètes qui gagnent tellement d'argent qu'ils peuvent tout acheter ! Ribéry, c'est un mec sympa du Nord de la France qui du jour au lendemain gagne des millions. C'est super pour lui, c'est même mérité. Mais au quotidien qui va lui fixer des limites ? Le problème de cette génération, c'est qu'elle n'a pas de mentor. Lorsque ton patron gagne dix fois moins que toi, c'est un peu dur de le respecter. Ca peut aussi se passer à un niveau spirituel. Mais lorsque je voyais ces 23 mecs en Afrique du Sud avec leur « guide », je ne voyais pas le trip, je ne voyais pas l'envie. Je ne voyais pas les yeux qui brillent ! Au final on fait de la comm, on fait semblant. Alors qu'il faut un père. Arsène Wenger par exemple, c'est un père. Et il gagne du pognon !
Que dites-vous à votre fils Joakim pour qu'il garde les pieds sur terre ?
D'abord je prie pour qu'il signe un super contrat, pour qu'il assure ses arrières. Ensuite je luis dis "Ne change pas ! Parle bien à ta maman et à tes petites soeurs. Assure !". Vous savez, Joakim s'est fait tout seul. Il a reçu les conseils de ses parents, il a été au contact de certaines choses par mon intermédiaire. C'est une grande gueule, c'est un guerrier. Mais ce n'est pas un frimeur ! Les bagnoles, les montres, c'est pas son trip !
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