L’Etat a tranché en faveur du thon rouge. Jean-Louis Borloo a annoncé mercredi le soutien de la France à une interdiction du commerce international de l’espèce, qui est proche d’extinction. Toutefois cette décision, “la plus puissante imaginable”, selon le ministre de l’Environnement, est assortie d’un délai de dix-huit mois, pour attendre des expertises scientifiques mais surtout des aides européennes aux pêcheurs.
"On criminalise la pêche"
Le ministre de la Pêche, Bruno Le Maire, a assuré qu'il défendrait "les intérêts et les emplois des pêcheurs". Environ 200 Navires et un millier d’emplois sont concernés. Bruno Le Maire demande que l’Europe finance la reconversion de la vingtaine de gros thonniers-senneurs, qui pêchent 90 % des quotas de thon rouge, et que les petits artisans (environ 600 emplois) puissent continuer à vendre leurs prises sur le marché intérieur européen.
Les professionnels sont vent debout contre l'interdiction du commerce international du thon rouge. “On criminalise la pêche”, déplore Hubert Carré, directeur général du Comité français des pêches, qui craint que des interdictions touchent ensuite les poissons de grands fonds ou le cabillaud. Il est sceptique sur les aides européennes : "L'Italie, qui a décidé d'un moratoire dès 2010 a demandé des aides depuis dix jours mais n'a rien obtenu." Dépité, le Comité français des pêches n'exclut pas des "actions de la base", et se retire du Grenelle de la mer et de l'environnement.
"Un pas déterminant"
Les ONG environnementales saluent l’engagements de la France mais déplorent le délai de dix-huit mois, qui autorise deux nouvelles campagnes de pêche avant l’interdiction. "C'est un pas déterminant, mais ce délai n'est qu'un prétexte, qui ne s'explique pas scientifiquement, réagit Serge Orru", directeur du WWF-France. On est face aux intérêts catégoriels d'une vingtaine de bateaux. Pour les thons rouge, il n'y a pas de traitement social possible !"
La France assure à elle seule 20% du volume de pêche du thon rouge de Méditerranée. Son soutien à une inscription du thon rouge à l'annexe I de la convention sur le commerce des espèces menacées (Cites), proposée par Monaco, pourrait faire basculer la position de l'Union européenne. Reste encore une étape majeure : la réunion des 175 Etats membres de la Cites, en mars prochain à Doha. Pour inscrire le thon rouge à l'annexe I, il faut réunir les deux-tiers des votes. "Tout cela n'est pas automatique, souligne Jean-Louis Borloo. Il faudra mener une action diplomatique importante".


































