Quelles sont tes fonctions à bord de Tara?
Je suis "journaliste de bord" : Je fais des photos, j’écris pour le site de Tara, et maintenant je fais aussi du son. Je suis considéré comme membre d’équipage : je fais aussi les quarts, je donne un coup de main sur le pont, etc… bref je fais partie du personnel navigant, embarqué pour une période de 4 mois.

Quelle est l'ambiance au sein de l'équipage?
L’ambiance est bonne (heureusement car on est un peu serrés, à quinze sur un bateau comme celui-ci qui embarque aussi beaucoup de matos). Au début, ce n’est pas forcément évident de s’adapter au bateau car je ne suis pas marin de métier, contrairement au reste de l’équipage qui est composé de professionnels chevronnés. J’ai sans doute été un peu maladroit au début… mais avec une équipe sympa comme celle-ci, les choses se passent bien.

Participes-tu au travail scientifique?
Non. Mais je fais un peu le "traducteur", c’est-à-dire que j’essaie d’expliquer dans mon travail : photo, texte, son, ce que font les scientifiques. Au départ, je n’ai pas de formation particulière en sciences mais jusqu’à présent les scientifiques avec qui j’ai travaillé savent bien parler de leur boulot, ce qui me facilite la tâche. Et puis de temps en temps, je file un coup de main pour descendre du matos à l’eau, tel que les rosettes, ou participer aux manœuvres qu’exige le travail sur le pont avec les scientifiques.

Tu connais bien les zones que va parcourir Tara. Quelles sont leurs particularités?
Toute la spécificité de la zone que nous parcourons , le Proche et Moyen-Orient, réside dans le fait qu’il s’agit d’une zone de transition, et parfois de friction entre des grandes aires géopolitiques et culturelles.
Il y a d’abord une géographie particulière : on est entre plusieurs continents : Afrique, Europe et Asie. Ensuite, les points de passages sont étroits : Détroit d’Ormuz, Suez, Golfe d’Aden. Les ressources sont également un enjeu important : d’abord le pétrole, et ensuite l’eau, qui sera « l’or noir » du XXIe siècle ; il s’agit non seulement de l’eau douce, qui est plutôt une ressource rare dans la région, mais on a également toutes sortes d’enjeux liés aux différentes zones maritimes : 80% du fret mondial se fait toujours par mer et le détroit de suez est un des plus empruntés au monde.
Ensuite, on a l’aspect civilisations : On est ici au cœur du monde islamique (ne pas confondre avec islamiste), avec toutes ses grandes tendances : les deux grands courants sunnites et chiites sont eux-mêmes subdivisés en différents courants. Un autre aspect important et souvent oublié par les occidentaux : tous les pays de la région ne sont pas arabes, en Irak et Iran on est encore dans le monde Perse, en quelque sorte…
Pour l’aspect historique : depuis la chute de l’empire Ottoman en 1917, qui a longtemps été la grande puissance stabilisatrice de la région, les frontières ont été redessinées, et beaucoup par les occidentaux trop contents de démanteler l’empire Ottoman ; ce qui pose un certain nombre de problèmes… Les frontières et les états ont pour l’essentiel été imaginés selon le modèle occidental de l’état-nation, qui ne correspond pas forcément aux réalités orientales (On voit bien en ce moment en Afghanistan ce que ça donne). En plus, en 1948, on crée Israël sur des terres arabes, qui sont également LA terre sainte des trois grandes religions monothéistes et tant que le problème du partage n’est pas résolu on a affaire ici au principal abcès de fixation des tensions qui secouent la région. On voit bien également dans un petit pays comme le Liban jusqu’où peuvent aller les luttes d’influence qui secouent cette région particulière…

Quel est le programme des deux prochaines semaines?
Nous terminons la campagne méditerranéenne de Tara et nous nous dirigeons maintenant vers l’Egypte, d’abord à Alexandrie. Nous aurons passé le Canal de Suez avant les fêtes, que l’équipage fêtera à Charm-El-Cheikh. Une escale d’environ deux semaines pendant laquelle on fera la maintenance du bateau. Pendant ce temps, début janvier, les scientifiques vont se réunir afin de dresser un bilan de la campagne et organiser la suite.
Nous avons déjà acheté à Beyrouth un genre de sapin, les guirlandes et les boules de Noël…