De nombreux parents ont trouvé portes closes devant les crèches jeudi 11 mars, en raison d'un appel à la grève des personnels de la petite enfance qui manifestaient contre le futur décret petite enfance.

Une mobilisation de l'ordre de 50 à 60% selon les syndicats. 10.000 personnes ont manifesté à Paris, selon le collectif "Pas de bébés à la consigne", 4.500 personnes, selon la police. "C'est une mobilisation historique pour les personnels de la petite enfance", explique à Metro, Christophe Harnois porte-parole de l'Unsa (Union des syndicats autonomes) traditionnellement peu enclins à faire grève. Le secrétariat d'Etat à la Famille a quant à lui indiqué à Metro, qu'il n'était pas en mesure d'avancer des chiffres mais a cependant rappelé que des départements comme la Marne n'étaient pas en grève.

Dans le collimateur des syndicats, l'assouplissement de la règlementation de l'accueil de la petite enfance. Ce projet gouvernemental, porté par la secrétaire d'État chargée de la Famille, Nadine Morano, prévoit notamment l'augmentation ponctuelle des capacités d'accueil des crèches de 10 à 20%.

"Une dégradation du travail quotidien des crèches"
Christophe Harnois voit dans ce projet "une dégradation du travail des crèches au quotidien" refusant la notion de "cas exceptionnel ou d'augmentation ponctuelle". "Aucune modulation n'est possible. On parle bien là de surbooking dans les crèches, c'est impossible".

Pour le cabinet de Nadine Morano qui réfute les accusations des syndicats, une certaine incompréhension s'est installée. Il rappelle que cette mesure n'a qu'un "impact sur les grosses structures", "Nous permettons un taux d'occupation en surnombre à titre exceptionnel pour rendre service aux familles".

Un décret qui prévoit également l'augmentation de 50 à 60% la proportion des personnels CAP petite enfance dans les crèches. Une inquiétude pour les syndicats qui y voit une baisse du personnel "très qualifié" (infirmière, puéricultrice...) qui passerait de 50 à 40%.

Concernant le nombre de formations par an des professionnels de la petite enfance tous confondus, "10.000 par an seraient nécessaires, aujourd’hui, on est à la moitié et ce depuis 2005", indique Mr Harnois. Le cabinet de Nadine Morano, concède que la formation, "au main des régions", devait effectivement être augmentée.

Des "jardins d'éveil" contestés
Dernier terrain de discorde : les jardins d'éveil qui concernent la tranche d'âge des 2/3 ans, en expérimentation dans le futur décret. "C'est une trouvaille magique de Nadine Morano" estime Mr Harnois, "une mesure ridicule et grotesque". "Qui va gérer ça? Quel sera le financement?", questionne-t-il. "Le summum de cette mesure concerne la capacité d'accueil dans ces structures qui passe de 8 enfants pour un adulte à 12 enfants."

Le secrétariat à la famille se défend de toute remise en cause de l'école des tout petits. "Le but de cette mesure est de faire émerger des innovations éducatives et d'optimiser des moyens dans les locaux existants" précise-t-il, "C'est une solution complémentaire apportée aux familles et une autre logique de passerelle pour les 2/3 ans qui sont dans une période charnière".

Vers une nouvelle mobilisation le 8 avril
Suite à la mobilisation, une délégation a été reçue au gouvernement. "On a été écouté mais pas entendu, rien n'est avancé. C'est décevant", déplore Mr Harnois, "Mme Morano se moque des familles".

Les syndicats ont lancé un ultimatum: "Si au soir du 23 mars (à l'occasion des manifestations interprofessionnelles prévues), il n'y a pas de retrait du décret, une nouvelle journée de mobilisation aura lieu le 8 avril". Mais pour le cabinet de Nadine Morano, il n'est nullement question de faire marche arrière, le conseil d'administration de la Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF) ayant déjà validé le décret.