En novembre dernier, lors de "l'initiative populaire" suisse, autrement dit du référendum, consultant les Hélvètes sur l'interdiction de construire des minarets dans le pays, une affiche représentant une femme intégralement voilée et un drapeau suisse parsemé de minarets avait frappé les esprits (lire "la Suisse condamnée par l'ONU ?").
Manifestement inspirées par cette campagne, les jeunesses du Front national, d'abord en région Provence-Alpes-Côtes d'Azur, puis sur Internet et dans la France entière ont affiché une illustration très similaire, représentant une femme en burqa, devant une carte de France recouverte d'un drapeau algérien et de minarets en forme de missiles, surmontés de la mention "non à l'islamisme". (lire "le MRAP et SOS Racisme attaquent le FN").
Ce vendredi 12 mars 2010, à deux jours des élections régionales, le Front national a été condamné à retirer ces affiches "de nature à provoquer un sentiment de rejet et d'animosité à l'encontre d'un groupe de personnes dont sont visées les pratiques religieuses, les femmes et la nationalité".
Selon l'ordonnance du TGI, "cette affiche provocatrice est constitutive d'un trouble manifestement illicite". Le juge marseillais a ainsi condamné le FN "à faire procéder à son retrait de tous les supports sur lesquels elle a été placée, de quelque nature qu'ils soient dans un délai de 24 heures (...) puis sous astreinte de 500 euros par jour de retard".
D'abord saisis par la Ligue contre le Racisme et l'Antisémitisme (Licra) puis par SOS Racisme et le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (Mrap), les tribunaux ont dans un premier temps débouté les associations antiracistes pour des raisons de procédure, mais ils leur ont finalement donné gain de cause.
"Sous couvert de dénoncer l'extrémisme religieux, le leader frontiste a très clairement marqué sa volonté de susciter la peur et le rejet à l'encontre de toute personne de confession musulmane, mais également des Français d'origine algérienne et des ressortissants algériens vivant en France" avait notamment estimé SOS Racisme.
Suite à la condamnation du Front national, Maître Pezet, l'avocat de la Licra a déclaré : "il faut toujours persévérer et se battre". Et de préciser au nom de l'association "qu'il fallait faire cette procédure" car "l'honneur était de la faire".
Du côté du Front national, avant la décision de ce vendredi, Jean-Marie Le Pen avait plus ou moins fui la question en glosant sur les drapeaux algériens arborés lors de matchs de football et sur la question de la double nationalité (lire "Le Pen répond aux Metronautes"). Suite à la persévérance de la Licra dans cette affaire, le président du parti d'extrême-droite avait dénoncé "l'acharnement des xénomaniaques, qui ont été déboutés sur leur premier procès et relancent cela".
Selon Le Pen, les organisations plaignantes sont "on le sait bien, les bras armés de certains partis politiques : la Licra, c'est l'UMP, le Mrap, c'est le Parti communiste, SOS Racisme, c'est le PS".
Interrogé aujourd'hui par l'AFP, Stéphane Ravier, la tête de liste FN dans les Bouches-du-Rhône a évoqué des "pressions diplomatiques", faisant allusion aux protestations officielles de l'Algérie dont s'est fait écho le ministère des Affaires étrangères.



































