"Beaucoup d'électeurs sarkozystes ont ouvert les yeux sur l'escroquerie dont ils ont été victimes et ont amplifié leur vote du premier tour." Marine Le Pen peut rouler des mécaniques. Le Front national est effectivement l'autre grand gagnant de ces élections régionales, avec près de 17,5% des voix dans les douze régions où il s'était maintenu, contre 11,42% à l'échelle nationale au premier tour. Si l'UMP et son identité nationale pensaient être débarrassées d'une vraie concurrence à leur droite, elles se sont manifestement trompées.
"Progresser encore"
Après trois années de cuisantes défaites électorales, de guerre des clans en interne et de graves difficultés financières, ce renouveau, lyriquement qualifié de "printemps du Front national" par Marine Le Pen, est forcément une surprise. Son bon score du premier tour en était d'ailleurs déjà une, mais son amplification très nette au second montre que les 11,42% du 14 mars n'avaient rien d'un feu de paille, contrairement à ce qu'avait affirmé la majorité entre les deux tours.
Le parti frontiste savait avant ce dimanche qu'il n'était pas en mesure d'arracher la moindre présidence de Région. C'est pourquoi il s'était donné comme objectif de "progresser encore". Mission largement accomplie, chiffres à l'appui : dans les douze régions où il était encore en course, le FN est passé de 15,7% à 17,5% d'une semaine à l'autre. En Bourgogne, il a grimpé de 12,04% à 13,82%, en Franche-Comté de 13,14% à 14,23%, en Lorraine de 14,87% à 18,44%, en Picardie de 15,81% à 19,30%... La palme revenant au Languedoc-Roussillon, où il progresse le plus, passant de 12,67% à 19,38%.
"Acteur majeur"
Ses têtes d'affiche sortent évidemment grandies de ces élections, plébiscitées par le verdict des urnes. Jean-Marie Le Pen avait déjà réussi le meilleur score de son parti au premier tour en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Au second, il culmine à 23%, provoquant la défaite de l'UMP Thierry Mariani. Sa fille Marine, elle, fait un bond plus important encore avec 22% des suffrages dans le Nord - Pas-de-Calais, soit quatre points de plus que la semaine dernière. Dans ces deux dernières régions, ainsi qu'en Languedoc-Roussillon et en Lorraine, le FN dépasse même ses bons scores des régionales de 2004.
Ce dimanche soir, Marine Le Pen évoquait déjà la présidentielle de 2012, où elle sera très probablement candidate : "Le courant national est redevenu un acteur majeur. Et il le sera encore lors de la prochaine grande échéance nationale." De son côté, Le Pen père, qui livrait là, à bientôt 82 ans, son dernier grand combat électoral, peut fanfaronner. "Le Pen est une bonne marque", s'est-il réjoui, saluant "l'effondrement du sarkozysme", avant d'avertir le chef de l'Etat : "Le Front national que vous prétendiez avoir tué n'est pas mort, Monsieur le président. Et il n'est pas près de vous lâcher les basques, je vous le garantis."




































