Votre livre, Le Krach du sperme, évoque les problèmes de fertilité liés à la pollution chimique. Quelle est l’ampleur du phénomène ?
On en parle assez peu car il y a beaucoup d’intérêts financiers en jeu. C’est une bombe qui a déjà explosé et on s’en aperçoit avec retard. En Occident, 93% de la population a des phtalates (composés chimiques présents dans les plastiques, ndlr) dans le sang. Et les conséquences ont été démontrées, notamment la diminution du stock de spermatozoïdes chez les mâles. Il y a cinquante ans, la concentration était de 250 à 300 millions par millilitre de sperme. Actuellement, on en est à 40 millions, près de six fois moins, et le taux de spermatozoïdes anormaux a augmenté en même temps. Le seuil d’alerte est à 5 millions : en deça, on ne se reproduira plus. C’est un phénomène mondial, observé en Amérique du Nord, du Sud, en Europe…
On continue à faire des enfants, mais de plus en plus de femmes ont recours à la fécondation in vitro. Les problèmes d’infécondité sont de plus en plus courants.

Quel est le lien avec les phtalates ?
Les phtalates et les organochlorés (présents dans les pesticides) sont des xénophtalates, c’est-à-dire des hormones féminines étrangères au corps. Si vous bourrez un organisme, du stade de fœtus jusqu’à l’âge adulte de ce type de produits, vous imaginez les conséquences. On observe une hausse de 400% du cancer des testicules en cinquante ans, des malformations de plus en plus importantes, des atrophies du pénis et en parallèle, des fillettes de 8 ou 9 ans qui deviennent pubères. C’est absolument monstrueux. L’obésité, qui est aussi un phénomène endocrinien, a explosé. Un tiers des Français est en surpoids. La malbouffe et la sédentarité jouent un rôle, mais c’est un phénomène hormonal. On voit apparaître chez les hommes des obésités gynoïdes : ils ont de la culotte de cheval, des seins, c’est complètement nouveau. Les phtalates augmentent aussi les cas d’autisme.
ON va être de moins en moins nombreux sur Terre. Certains diront que c’est un mécanisme de contrôle, mais il y aura de plus en plus de monstres : des autistes, des fillettes pubères, des obèses…

Pourtant, les phtalates se trouvent partout…
On en trouve dans l’alimentation. Les viandes, les poissons sont emballés dans des plastiques qui migrent dans les graisses. Les eaux minérales sont aussi présentées dans des bouteilles en plastique. Les cosmétiques en contiennent aussi. La peau n’est pas une barrière imperméable. On utilise en France 12 milliards de sacs plastique par an. L’industrie est devenue folle. On a retrouvé dans l’océan un amas de plastique de la grandeur du Texas.

Qu’en est-il du bisphénol A ?
Vous vous rappelez du Distilbène, utilisé pour améliorer la grossesse chez certaines femmes ? C’est un progestatif. Avant ce produit, on a failli utiliser le bisphénol A. On ne pouvait pas l’ignorer. Dix ans après, certaines municipalités ont interdit la vente de tétines et de biberons. Les experts ne veulent pas être formels car l’industrie du bisphénol A représente 6 milliards de dollars aux Etats-Unis. Et il y a cinquante phtalates… mais la pression monte tellement que Chantal Jouanno a demandé à l’Affssa de rouvrir le dossier. On a bien mis quarante et un ans à interdire l’amiante.

Peut-on vraiment se passer de plastiques ?
Comment faisait-on autrefois ? On allait au marché, on achetait des aliments emballés dans du papier, on utilisait des sacs en tissu, en papier… Il faudrait interdire mondialement l’utilisation de phtalates dans les cosmétiques. On peut réduire l’utilisation délirante du plastique et en fabriquer de moins toxiques à base d’amidon de maïs. Mais seule l’opinion peut réagir. Les pouvoirs publics ne le feront jamais, car ils ne veulent pas avoir les industriels sur le dos.

Votre message est un peu anxiogène. Face à l’ampleur du problème, comment réagir ?
On ne veut pas semer la panique mais susciter des réactions. Il y a des mesures simples à prendre. Quand une femme est enceinte, qu’elle ne serve pas de cosmétiques : on peut avoir des cheveux brillants en utilisant de l’eau et du vinaigre ! On peut éliminer de la maison des objets inutiles. On trouve maintenant dans les supermarchés des mascaras sans paraben : c’est le consommateur qui va changer les choses.

A lire :

Le Krach du sperme, Gérald Messadié et docteur Pierre Duterte (éd. l’Archipel, 19,95 euros)