Alors que le procès, commencé en début de semaine, doit reprendre lundi, les jurés de la cour d'assises de la Sarthe n'auront pas trop du week-end pour digérer les monstruosités entendues en quatre jours d'audience, lors du procès de Virginie Darras, 33 ans, et Eric Sabatier, 40 ans, les parents et bourreaux de la petite Marina, battue depuis ses deux ans, tant et si fort qu'elle est morte le 6 août 2009, à l'âge de huit ans.
Le crime reconnu, mais inexpliqué, voire inexplicable...
Le couple, divorcé en prison, est accusé d'actes de tortures et de barbarie sur mineure de moins de 15 ans ayant entraîné la mort, avec pour circonstances aggravantes d'être les ascendants de la victime. L'un et l'autre, qui encourent la réclusion criminelle à perpétuité, ont reconnu les faits, mais jusqu'ici, ils n'ont pas fourni d'explications un tant soit peu recevables.
"Il n'y avait pas de raison", a dit le père. De son côté la mère a simplement dit que c'était une enfant incontinente, qui volait de la nourriture, il est vrai, a-t-elle reconnu, alors qu'elle pouvait être privée de repas, parfois jusqu'à trois jours d'affilée… Parmi les témoins, tant l'entourage familial que scolaire de l'enfant a confirmé qu'à l'occasion, la gamine, forcément affamée, chipait le goûter de ses camarades, mais ils assurent qu'elle était propre. Un point tout à fait dérisoire, si ce n'est qu'il ajoute à l'incompréhension…
Le calvaire de Marina, largement décrit vendredi dans les colonnes de Libération, a donc commencé quand elle avait à peine deux ans, d'abord par des punitions et de simples claques, puis au gré d'une inexorable plongée dans l'horreur, par des mauvais traitements qui dépassent l'entendement, dans l'absolu, et peut-être plus encore de la part de parents, par ailleurs "normaux" avec leurs autres enfants.
Un petit corps difforme après six ans de torture...
Si vous avez le coeur bien accroché, on vous renvoie à l'effroyable litanie d'Ondine Millot qui couvre ce procès pour Libé. En vrac, elle évoque coups de pieds, de poings, de ceinture ou de barre de fer, des nuits enfermée nue dans la cave, des jours durant sanglée à un lit, entre les privations de nourriture, du gros sel, du vinaigre ou du vomi ingurgités de force, sans parler des projections contre les murs, des étranglements, de la tête plongée dans la baignoire, ou encore des séances pieds nus, une charge sur le dos, à marcher sur un sol abrasif… Et cette liste, précise la journaliste, n'est hélas pas exhaustive.
Après six ans d'un tel régime, particulièrement au cours des deux dernières années, "à force de la taper, de la frapper, de la torturer", selon les propres mots de la mère, le corps de Marina était méconnaissable, couverts de plaies suintantes et de cicatrices, les mains et les jambes déformés, son visage si boursouflé que c'est tout juste si elle pouvait encore ouvrir les yeux.
Et pourtant, par ses mensonges, l'enfant a protégé ses parents envers et contre tout. Et pourtant, alors que les soupçons ne manquaient pas, qu'une enquête a été menée, nul ne l'a sauvée…
Père et fille avaient réponse à tout...
Près d'un an avant son décès, Marina avait été auditionnée, mais pour chaque "bobo" (au dos, au ventre, sur la bouche…), cette "sacrée cascadeuse", comme avait commenté un gendarme dubitatif, avait avancé une explication à peu près plausible et n'en démordait pas. En tout cas, sur la foi de ces éléments, la justice avait finalement classé l'affaire sans suite.
Quand des voisins, des instituteurs, les services sociaux et l'institution judiciaire se sont inquiétés du sort de la fillette, son père, décrit au procès comme "menteur" et "manipulateur" par ceux qui l'ont côtoyé, s'en est à chaque fois sorti en expliquant très posément les blessures de sa fille par des accidents du quotidien et en lui inventant une maladie rare.
Un homme "charmant", avait même estimé le médecin scolaire de Parennes, dans la Sarthe, a raconté l'une des enseignantes de Marina. En juin 2008, c'est la découverte par ce même médecin d'une trace violette, profonde, sur le dos de l'enfant, qui avait déclenché une enquête.
Des coups pour toute affection...
Le mois suivant, le père leurrait de la même façon un médecin-légiste, en faisant par exemple passer une brûlure au deuxième degré pour le résultat d'une "douche trop chaude". Et la gamine, expliquant qu'elle était "grande", prenait ses douches "toute seule", de confirmer la chose, avec moult détails, lors d'une audition de trois quarts d'heure, dont l'enregistrement a été projeté hier au procès.
Une seule fois, en avril 2009, Marina avait déclaré à son institutrice de Coulans-sur-Gée : "Je ne sais pas ce qu'elle a maman ce matin, mais elle m'a tapée" puis le lendemain, "Maman elle m'a encore tapée ce matin", mais aucune trace de coup n'étayait son propos. Le reste du temps, l'enfant ne disait rien, pire, comme avec les gendarmes, elle mentait donc allègrement, sans jamais se trahir, pour couvrir ses parents.
Ce comportement n'est pas si étonnant. En guise de preuve d'amour, de marque d'attention, Marina "n'a rien connu d'autre" que les coups, et s'est ainsi "construite d'une curieuse manière", a estimé la psychologue du centre hospitalier du Mans qui l'avait examinée en mai 2009, rapporte l'AFP.
Surtout, "ne pas déplaire à maman"...
A l'évidence, selon les nombreux témoignages, la fillette adorait ses parents. A posteriori, tout de même, certains se souviennent que sa relation avec sa mère semblait emprunte de crainte, et qu'étonnamment, alors que Marina, était prompte à embrasser ses enseignants, jamais, ils n'ont vu le moindre bisou ou le moindre signe de tendresse entre elle et sa maman.
Quand la petite avait été hospitalisée, en mai 2009, sa mère n'était venue qu'une fois à son chevet. Malgré tout, à l'hôpital, l'enfant passait son temps à lui faire des dessins et tous les jours elle tenait à l'avoir au téléphone avant de se coucher. Elle se faisait belle, "elle avait peur de ne pas plaire à sa maman", a raconte une mère de famille qui avait alors côtoyé Marina.
En somme, a résumé le président de la cour d'assises, Denis Roucou, cette sordide histoire est celle d'"une petite fille intelligente qui protège ses parents", lesquels encourent, rappelons-le, perpétuité. Le verdict est attendu à partir du 27 juin, fin annoncée du procès. D'ici là, la cour entendra lundi le point de vue des services sociaux à l'enfance du conseil général de la Sarthe, dont la défaillance, ou l'impuissance, dans cette affaire n'a sans doute pas fini d'être débattue.


































