Pour la première fois, Reporters Sans Frontières et Google ont remis le Prix du Net Citoyen à l'occasion de la journée mondiale contre la cyber-censure qui a lieu vendredi 12 mars. Six personnes ou mouvements étaient nommés pour cette récompense qui récompense un "internaute, blogueur ou cyberdissident qui s’est illustré par ses activités de défense de la liberté d’expression sur le Net."
Cuba, la Chine, l'Egypte, la Russie, le Vietnam et l'Iran étaient dans la ligne de mire. C'est finalement les cyberféministes iraniennes de We-Change.org qui ont été récompensées pour leur action en faveur de l'égalité des droits hommes-femmes et leur lutte contre les lois dscriminatoires envers les femmes. Jeudi 11 mars au soir, Parvin Esmaeil Najafgholi Ardalan areçu le prix au nom de son mouvement des mains du journaliste français Jean-Marie Colombani.
Cette activiste féministe et journaliste a dédié son prix aux prisonniers iraniens victimes de leur combat pour la liberté d'expression en Iran. Metro l'avait rencontré quelques heures avant la cérémonie. Elle a répondu à nos questions :
Comment est né ce mouvement ?
A l'origine, je suis une activiste pour la cause féminine et une journaliste devenue peu à peu une cyberactiviste. Le mouvements de droits de l'Homme a vu le jour en Iran après la révolution il y a une trentaine d'années. A cause de la répression permanente, nous avons essayé d'utiliser différentes méthodes pour faire entendre notre voix. En plusieurs dizaines d'années, le mouvement est passé d'actions individuelles à des actions collectives.
Quand est-ce qu'Internet est devenu crucial dans votre action ?
Dès qu'Internet est arrivé en Iran, c'est devenu un outil majeur pour notre mouvement. Nous avons créé plusieurs sites en faveur des droits de la Femme. Deux d'entre eux ont été fermés par les autorités au bout de deux ans mais nous avons continué dans ce sens en multipliant les sites pour communiquer autour de notre action et appeler les gens à nous rejoindre.
Depuis septembre 2006, le site we-change.org est devenu le point central d'information sur le droit des femmes dans la société iranienne. D'une cinquantaine de femmes à l'origine du mouvement, nous avons aujourd'hui un véritable réseau social sans frontières. Des femmes et de hommes répartis à travers le monde, de tout âge et de tous horizons et qui agissent en faveur de l'égalité des droits entre hommes et femmes.
De quelle manière les autorités vous censurent ?
Ils nous jettent en prison de temps en temps, ils font fermer des sites, ils surveillent nos actions sur le Net pour ensuite nous le reprocher... Moi-même, je suis actuellement sous le coup de trois sanctions par les autorités. J'ai été condamnée à trois ans et demi de prison avec sursis pour avoir agi contre la sécurité nationale iranienne en organisant des manifestations.
J'ai eu deux autres condamnations de 6 mois de prison, transformés en prison avec sursis en appel, et de 2 ans avec sursis toujours pour avoir travaillé contre la nation par mon activisme. Dernièrement, ils ont mis beaucoup de pression sur les activistes de notre mouvement, notamment juste avant le 8 mars, journée internationale des femmes.
Votre site est hébergé en Iran ou à l'étranger ?
Il est hébergé en Iran mais accessible depuis n'importe où dans le monde. Le site n'est donc pas concentré en Iran. Chaque activiste membre possède un identifiant et un mot de passe que nous changeons très régulièrement pour des questions de sécurité. Et nous connaissons très bien les méthodes technologiques pour contourner la censure imposée par le pays. Je m'en suis aperçue en venant ici.
Outre votre site, comment utilisez-vous Internet dans votre combat ?
Si notre site en lui-même est déjà un réseau social, nous utilisons aussi bon nombre d'autres réseaux comme Facebook ou Twitter. Skype est très utile pour discuter par Internet entre activistes et les groupes de discussion par mails font aussi partie de nos outils. Mais il faut faire très attention : ne pas donner d'infos perso sur les réseaux sociaux sinon les autorités les utiliseront contre nous.
Concernant Twitter, c'est un outil extrêmement important pour suivre l'actualité plus que pour participer. C'est d'autant plus utile que le service est rapide à charger, un détail d'importance alors que nous sommes en bas débit, voire très bas débit. Chez moi, je dois avoir du 56 kb de bande passante environ et c'est déjà bien.
Que représente ce prix pour vous ?
C'est un honneur pour notre mouvement. C'est le quatrième prix que nous recevons pour notre combat. Pour moi, ce prix du Net-Citoyen est très important car il montre à quel point la liberté d'expression est importante en Iran et dans le monde entier. C'est aussi la démonstration que Reporters Sans Frontières et Google oeuvrent en faveur des médias sociaux et contre la cyber-censure pour nous aider à passer les filtres qu'on nous impose.
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