Son ascension est fulgurante. En seulement 10 ans, Abou Zeid, son nom de combat, a grimpé les échelons d'Aqmi – extrêmement hiérarchisée – pour en devenir l'une des figures les plus influentes. Mais l'homme, qui évolue dans le milieu de l'Islam radical depuis plus de vingt ans, n'apparaît qu'en 2008 sur la liste des terroristes les plus recherchés, établie par l'ONU. Son allocution à visage découvert dans une vidéo diffusée mercredi, sur les six otages français retenus par Aqmi, témoigne de son poids dans l'organisation. "C'est unique, nous n'avions auparavant quasiment aucune photo de lui", explique pour Metro Mathieu Guidère, professeur des universités et auteur d'Al-Qaïda à la conquête du Maghreb.
A l'origine de l'enlèvement de sept Français au Niger en 2010 – dont trois ont été libérés depuis - et de l'exécution d'un Britannique en 2009 et d'un Français l'année suivante, il est décrit comme un homme sanguinaire et sans scrupules. "C'est lui qui a développé l'activité de kidnapping au sein d'Aqmi", souligne Mathieu Guidère. Il dirige actuellement une unité de combattants, "katiba", composée de 100 à 300 hommes spécialisés dans les opérations commando et implantée dans le Nord du Mali.
Des débuts dans le maquis
Abou Zeid, de son vrai nom Abid Hammadou, aurait 48 ans environ. Né à Toggourt, au sud-est de l'Algérie, il aurait d'abord fréquenté le milieu de la contrebande, passant plusieurs fois par la case prison. Mais la vingtaine passé, au début des 1990, il entre au Front islamique du Salut (FIS), organisation politique islamiste algérienne démantelée depuis, marquant ainsi le début de son ascension dans les hautes sphère de l'intégrisme.
Il entre dans la lutte armée et la clandestinité en 1996, prenant le maquis algérien, avant de venir grossir les rangs du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) qui deviendra en 2007 Aqmi. "Son parcours est un concentré de l'évolution du terrorisme au Sahel", juge Mathieu Guidère. Son premier fait d'armes au sein de l'organisation remonte à 2003, avec l'enlèvement de 32 touristes qui seront libérés au bout de plusieurs mois. Abou Zeid n'est pas encore la tête pensante, mais il est le bras armé de l'opération. Enlèvement qui lui vaudra une condamnation de la justice algérienne en janvier 2012 à la prison à perpétuité, par contumace.
Après l'arrestation de son chef spirituel, Abderazak El Para, Abou Zeid prend du galon et en 2008 il est responsable de l'enlèvement de deux touristes autrichiens dans le sud de la Tunisie. "Physiquement, Abou Zeid ne dégage rien. Il est petit, maigrichon. Mais il semble très respecté par son entourage", expliquait en 2010, au Figaro, l'un de ses anciens otages, Pierre Camatte.
Chef fanatique
Si le chef incontesté de l'organisation – qui s'étend sur le Sahel, la Mauritanie le Tchad, en passant par le Mali, le Niger et le Nigeria - reste l'Algérien Abdelmalek Droukdal, Abou Zeid est à l'origine de l'extension de la zone d'influence d'Aqmi vers le Niger. Il est considéré comme le plus fanatique des commandants d'Aqmi : "Il est réticent aux activités de trafic en tout genre, explique Mathieu Guidère. Comme il est particulièrement rigoriste, il ne veut pas que l'on puisse lui reprocher de se livrer à des activités anti-islamiques".
Des scrupules dont ne s'encombre pas son principal rival, Mokhtar Belmokhtar, autre commandant d'Aqmi et qui finance ses activités grâce au trafic de drogue ou de cigarettes. Ces luttes intestines entre les deux "émirs" expliquent qu'Abou Zeïd ait choisi d'apparaître dans la vidéo diffusée mercredi. "A cause de cette compétition dans la région entre commandants, il avait été un peu oublié, analyse Mathieu Guidère. Il voulait revenir sur le devant de la scène".
Si le déploiement d'une force internationale au Mali, décidée par l'ONU la semaine dernière, peut contrecarrer ses projets, Abou Zeïd reste relativement protégé: "Sa zone d'influence se trouve dans une région désertique et où il est très bien implanté, analyse Mathieu Guidère. Il faut se rappeler qu'il a survécu à toutes les formes de luttes anti-terroristes depuis 20 ans".




































