"Cafouillage", "erreur grave", "bordel ambiant"... Jusqu'alors assez discret au gouvernement, le ministre des Anciens combattants, Kader Arif, aurait certainement préféré se faire connaître autrement. En plein débat à l'Assemblée nationale jeudi matin, le ministre a pris la parole pour annoncer une information parue quelques minutes plus tôt dans l'AFP : la libération des sept otages français au Cameroun. "Juste avec la prudence d'usage, je viens d'avoir comme information, à confirmer, mais il me semble qu'elle est confirmée, que nos otages au Cameroun ont été libérés", lance-t-il au micro.

Applaudissements nourris dans l'hémicycle et remerciements du président de séance, Marc Le Fur. Oui, sauf que vingt minutes plus tard, Kader Afir reprend le micro, penaud. "Je m'étais exprimé tout à l'heure avec beaucoup de prudence, et il le fallait. C'était une information transmise par voie de presse, et il n'y a pas pour le moment de confirmation officielle à ce stade de la libération. S'il y avait des informations elles seraient transmises dans la journée de manière officielle." Un peu plus tard, c'est en effet de manière très officielle que le ministère des Affaires étrangères annonce que les otages français sont en fait toujours détenus.

Des ministres qui "sortent de leur rôle"

L'opposition crie au couac. Trouvant "purement et simplement ahurissant qu'un ministre interrompe la séance" à l'Assemblée nationale "pour annoncer la libération des otages", l'ex-ministre de la Défense, Hervé Morin, a déclaré à la presse dans les couloirs du palais Bourbon qu'il n'était "absolument pas dans le rôle d'un ministre délégué aux Anciens Combattants de faire une annonce comme celle-ci". Face à "un ministre qui veut se la jouer et annoncer une nouvelle, il faut que le Premier ministre mette de l'ordre dans son gouvernement", s'est exclamé le député centriste de l'Eure, qui voit dans ce cafouillage "une nouvelle fois l'expression du bordel ambiant dans ce gouvernement".

Le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, y est allée lui aussi de son petit conseil : évoquant un "cafouillage" et une "erreur grave", il préconise de "toujours prendre le temps d'avoir toutes les confirmations nécessaires du Quai d'Orsay", surtout lorsqu'il s'agit d'un sujet "extrêmement sensible". Il faut dire que le timing est mauvais. Mardi, c'est le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a été épinglé pour avoir joué les économistes en annonçant une baisse des prévisions de croissance... là aussi, avant le ministre de l'Economie. Un vrai jeu de chaises musicales.