"Je ne me sens pas propriétaire de ce bateau, mais dépositaire d'un outil scientifique" Agnès B.

Comment est née l’aventure Tara ?
Mon fils Etienne aime énormément la mer. Il partait très petit avec mon père en bateau. Il a rencontré la veuve du navigateur Peter Blake, qui avait mis en vente son bateau conçu par Jean-Louis Etienne. A nous deux, on a décidé d’acheter ce brise-glace pour faire des recherches scientifiques. C’est un bateau très attachant. Je ne me sens pas propriétaire de ce bateau mais dépositaire d’un outil scientifique extraordinaire.

Tara explore le réchauffement climatique dans les océans. C’est un sujet assez méconnu ?
Notre première mission était une dérive arctique. Le nouveau projet est une recherche sur le plancton dans les mers du monde, des indicateurs du réchauffement climatique. ON parle peu de la mer. J’ai appris grâce à Tara l’existence des déserts marins, des lieux fantasmagorique. Tara accueille des équipes de tous les pays. Cette dimension internationale me parle. On est tous dans le même bateau.

D’où vient le nom de Tara ?
Après la guerre, quand mes parents sont retournés dans leur maison occupée par les Allemands, ils ont dit "on revient à Tara", comme dans Autant en emporte le vent. Le premier bateau de mon père s’appelait Tara. Chaque fois qu’on en a racheté un autre plus grand, on l’a rebaptisé Tara. Celui-ci doit être le Tara 7.

Vous vous engagez personnellement sur Tara. C’est un gros investissement ?
C’est un engagement financier lourd, de 1,5 million d’euros par an, mais c’est un choix. J’ai créé une fondation à vocation artistique, humanitaire et écologique. Tara en fait partie. Je ne fais pas mon travail pour m’enrichir mais pour faire des choses utiles. Il faut que les plus riches partagent. Je n’ai jamais fait cela pour qu’on parle de moi, mais je suis obligée de me mettre en avant car on recherche de l’argent. Il nous faut 3 millions par an, c’est trop pour nous seuls.

Intégrez-vous le développement durable dans votre entreprise ?
Nous avons une ligne b green, nous essayons d’utiliser des matières bio, mais on ne peut pas tout changer du jour au lendemain. C’est irréaliste de penser que le coton bio va être partout. Il faut du temps pour que les producteurs s’adaptent. Je n’aime pas l’intégrisme que peut devenir l’écologie. Il ne faut pas que la conscience écolo remplace la conscience tout court.

Ne ressentez-vous pas un décalage entre cet engagement écolo et l’univers superficiel de la mode ?
Je ne fais pas mon travail de manière superficielle. Je fais des vêtements pour les gens, qu’on peut garder longtemps et qui ne sont pas datés. Tout cela va dans le même sens. Il n’y a pas du tout de schizophrénie.

Suivez l'expédition au quotidien sur le site Internet de Tara Océans.