Il est venu, il a vu, il a prévenu : “La République ne reculera pas d’un millimètre.” Au cours d’une visite, mardi en Seine-Saint-Denis, le président de la République a (ré)affirmé son intention de combattre l’insécurité dans un département encore récemment théâtre de violences urbaines.
Une visite en deux temps, débutée à Tremblay-en-France, aux abords du dépôt de bus vandalisé la semaine dernière par des jets de cocktails molotov. Devant une délégation des chauffeurs qui avaient exercé leur droit de retrait lors de ces incidents, Nicolas Sarkozy s’est engagé à sécuriser les bus départementaux.
Quelques minutes plus tard, c’est dans les locaux de la préfecture de Bobigny que le chef de l’Etat présentait le nouveau locataire des lieux, Christian Lambert. Entouré d’une “task force” composée du ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, et du directeur général de la police nationale, Frédéric Pechenard, Nicolas Sarkozy a décliné une série de mesures destinées, selon lui, à lutter contre les trafiquants qu’il souhaite “harceler” : intervention “sans restriction” des forces de l’ordre dans les halls d’immeuble, mais aussi et surtout la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme injustifié des élèves.
Bien que déjà proposée par le passé, cette mesure permettrait selon lui, de remettre dans le droit chemin les élèves qui “rendent la vie impossible” au sein de leurs établissements scolaires, ajoutant que, dès la rentrée prochaine, ils pourront être accueillis “dans des établissements spécialisés”, des “internats”, dont deux seront mis en place en Seine-Saint-Denis.
Des déclarations qui n’ont pas tardé à provoquer l’ire de l’opposition et des maires des communes limitrophes. “Pas de moyens nouveaux, mis à part 800 caméras de vidéo-surveillance !”, a estimé la communiste Marie-Georges Buffet, tandis que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a souligné que “l’annonce d’une suppression ‘systématique’ des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire confirme la fébrilité et la dérive démagogique du pouvoir.”
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Mohamed Mechmache, président du collectif AC le Feu
“Symboliquement, la nomination du préfet Lambert est un acte fort. Très fort. En agissant de la sorte, Nicolas Sarkozy annonce la couleur : on met de côté le ressentiment des habitants, et la misère sociale qui règne ici et on privilégie l’optique sécuritaire en nommant l’ancien patron du Raid. Ce que l’on oublie, c’est que beaucoup d’associations et d’acteurs de terrain avait entamé un vrai travail avec Nacer Meddah, l’ancien préfet de Seine-Saint-Denis. Il est illusoire de penser que l’on peut faire avancer les dossiers et les mentalités si on change de préfet tous les quinze mois. On en a assez d’être le laboratoire de la stigmatisation et des choses négatives. Il y a tellement de choses à faire ici, et tant de choses qui se font, qu’au lieu de les encourager, on annonce des mesures d’un autre temps. La suppression des allocations familiales pour lutter contre l’absentéisme scolaire ? On ne réglera pas les problèmes comme ça. Si il n’y a pas la volonté de doter les quartiers sensibles d’écoles dignes de ce nom, avec des moyens conséquents, si on ne fait pas d’efforts au niveau des transports pour désenclaver les quartiers, et si l’on ne permet pas au service public de s’installer durablement dans ces endroits, rien ne fonctionnera. A l’heure actuelle, le plan ‘Espoir Banlieue’ est devenu pour nous le plan ‘Désespoir Banlieue’.”
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Dominique Achispon, secrétaire général du Syndicat national des officiers de police
"La moitié des mesures annoncées ce matin par le président de la République ne sont pas nouvelles : qu'il s'agisse d'actions quotidiennes contre les trafics de stupéfiants, ou d'un renforcement des contrôles dans les halls d'immeubles, cela est déjà prévu par la loi. La question est plutôt de savoir si les moyens humains et matériels vont suivre...Je n'en suis pas sûr. Entre 2002 et 2007, 5,3 milliards d'euros ont été consentis par l'Etat dans le cadre de la loi Loppsi. Mais depuis, plus rien, et on le ressent sur le terrain.D'autant qu'aujourd'hui, les policiers travaillent dans un climat de peur. Entendons nous bien : aujourd'hui, les policiers ont face à eux des petits groupes de gens qui veulent en découdre avec les forces de l'ordre. On sait que chaque intervention débouche sur des incidents plus ou moins grave. Si un contrôle de routine dérape, il y a non seulement le risque de dérapages, mais également celui que la police soit de nouveau stigmatisé, et perde sa légitimité."
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Dominique Achispon, secrétaire général du Syndicat national des officiers de police
"La moitié des mesures annoncées ce matin par le président de la République ne sont pas nouvelles : qu'il s'agisse d'actions quotidiennes contre les trafics de stupéfiants, ou d'un renforcement des contrôles dans les halls d'immeubles, cela est déjà prévu par la loi. La question est plutôt de savoir si les moyens humains et matériels vont suivre...Je n'en suis pas sûr. Entre 2002 et 2007, 5,3 milliards d'euros ont été consentis par l'Etat dans le cadre de la loi Loppsi. Mais depuis, plus rien, et on le ressent sur le terrain.D'autant qu'aujourd'hui, les policiers travaillent dans un climat de peur. Entendons nous-bien : aujourd'hui, les policiers ont face à eux des petits groupes de gens qui veulent en découdre avec les forces de l'ordre. On sait que chaque intervention débouche sur des incidents plus ou moins grave. Si un contrôle de routine dérape, il y a non seulement le risque de dérapages, mais également celui que la police soit de nouveau stigmatisé, et perde sa légitimité. »
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Portrait de Christian Lambert, un flic de choc à la préfecture
Quinze mois après une nomination présentée comme le symbole de la méritocratie républicaine, Nacer Meddah a officiellement cédé sa place de préfet de Seine-Saint-Denis hier à Christian Lambert, policier de haut vol et ancien numéro 2 de la préfecture de police de Paris. Une désignation qui traduit – si besoin en était – du souhait de l’exécutif de “régler” la question de l’insécurité en Seine-Saint-Denis.
A 63 ans, Christian Lambert traîne un parcours remarqué au sein de l’institution policière. Réputé pour ses méthodes expéditives et son franc-parler, ce natif de Corbeil-Essonne se fait connaître du grand public lors de son passage au Raid (unité d’intervention de la police nationale), qu’il dirigea de 2002 à 2004. “Tombeur” d’Yvan Colonna, il noue ses premières relations avec Nicolas Sarkozy en 1993, lors de la prise d’otage de la maternelle de Neuilly. Par la suite, il sera successivement nommé directeur des CRS, puis délégué à la sécurité sur l’Île de Beauté, avant de devenir directeur de cabinet du préfet de police de Paris. “‘Berlan’ (le surnom en verlan que lui donnent ses hommes) c’est le prototype de l’hyperactif, confiait hier un ancien subordonné. Il ne règle pas les problèmes, il les élimine. Cela lui à plutôt bien réussi jusqu’à présent, mais en Seine-Saint-Denis, ça risque d’être délicat.”
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