Partager un café en sa compagnie, on se dit qu’Edmond Vidal, 66 ans, est le grand-père idéal. L’évocation de ses interminables parties de pêche à la ligne, son goût immodéré pour les jeux de cartes, sa passion de la musique et des fêtes de la communauté gitane, dont il est issu, esquissent le portrait d’un patriarche bon vivant, soucieux des siens. On en oublierait presque son impressionnant parcours, que l’élégant sexagénaire raconte dans une biographie sans fard.

Entre 1967 et 1974, Momon fut, au côté de Johanny Chavel et Pierre Pourrat, l’un des membres les plus influents du gang des Lyonnais qui terrorisa transporteurs de fonds, banquiers et policiers dans tout l’Hexagone. “Sans jamais faire de victimes”, coupe fermement Momon, que l’on retrouvera le 30 novembre prochain sous les traits de Gérard Lanvin dans le film d’Olivier Marchal Les Lyonnais. Cette vie de caïd, Edmond Vidal assure ne pas l’avoir vraiment choisie.

“C’était l’époque des blousons noirs, se souvient-il, évoquant son adolescence à Lyon, au début des années 1960. A l’exception de deux ou trois bagarres entre bandes, nous n’étions pas des délinquants.” Mais a 17 ans, Edmond dérape. “On traînait devant les étals des primeurs au petit matin, raconte-t-il. On a volé un cageot de cerises, et on s’est fait prendre.” Le verdict est sans appel : soixante-trois jours de prison.

En détention, l’adolescent, qui se rêvait alors ferrailleur, devient le protégé de gangsters chevronnés. “J’avais devant moi des mecs brillants, s’amuse Momon. Des voyous élégants et intelligents, qui m’ont peu à peu appris les ficelles du métier.” Un apprentissage à la Scorsese, qui le conduit à ses premiers braquages. Momon a alors 24 ans. “On ne va pas se raconter d’histoires, on monte sur des coups par appât du gain. Et puis, petit à petit, tu t’aperçois que l’adrénaline devient ton moteur. Tu prends plaisir à préparer les coups des semaines durant, à veiller au moindre détail.”

Le 30 juin 1971, le gang réalise son coup de maître. Au petit matin, cinq hommes attaquent l’hôtel des postes de Strasbourg. En cinq minutes, le groupe dérobe 12 millions de francs (environ 7 millions d’euros, ndlr). “Cela a été l’un des coups les plus simples. On y a été tout en souplesse.” Si le sang n’a jamais coulé lors des braquages du gang, les règlements de comptes inhérents au milieu obligent Momon à exécuter le Gros, son ancien mentor.

“Il a essayé de m’abattre. Il ne m’a pas eu. J’ai répliqué”, dit-il froidement. Avant d’avouer de sincères remords liés à sa vie de gang­ster, qui a passé quatorze ans derrière les barreaux. “Je ne veux aucune glorification. Ceux qui fantasment sur Scarface ne voient que l’argent facile, mais pas le prix à payer.”

Aujourd’hui, Momon profite de sa retraite à Lyon, se partageant entre ses huit petits-enfants et son magasin de textile. Son livre, Momon l’a souhaité comme un témoignage pour les siens. “Mes petits-enfants le liront. Je leur dirai que ma vie a été ainsi. Je n’en suis pas fier, mais c’était la mienne.”


Pour une poignée de cerises, d’Edmond Vidal et Edgard Marie (éd. Michel Lafon), 280 p. 18,95 euros.