Les documents du ministère de l'Education nationale devaient rester confidentiels. Mais les fiches de travail remises aux inspecteurs d'académie ont fuité lundi sur le site du Café pédagogique. On peut y lire les pistes de réflexion du gouvernement à l'horizon 2013 sur le devenir de certains postes dans l'Education nationale.

Le dialogue entamé au début du mois de mai entre les recteurs et le gouvernement doit s'achever d'ici le 15 juin avec un "schéma d'emplois 2011-2013". Et l'enjeu est de taille : comment pallier à la suppression des postes d’enseignants dans le cadre de la politique de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ?

Augmentation du nombre d'élèves par classe
La première piste avancée fait déjà bondir les syndicats et le corps enseignant. Elle prévoit d'augmenter le nombre d’élèves par classe dans les écoles et les collèges et permettrait ainsi d’économiser des postes. Exit donc la volonté du gouvernement de ne pas toucher "aux professeurs devant les salles de classes" et à un "taux d'encadrement constant".

Pour légitimer ce changement de ton, le ministère s’appuie sur des "études et expériences récentes" qui indiquent que "la diminution des effectifs dans les classes n'a pas d'effet avéré sur les résultats des élèves". D'autres chercheurs affirment l'inverse. C'est le cas de l'économiste Thomas Piketty, auteur d'une étude publiée en 2006 qui explique l'impact positif de la réduction de la taille des classes sur la réussite scolaire.

"Un petit élève par-ci par-là..."
Contacté par Metro, le cabinet du ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, précise que cette augmentation se fera "au cas par cas". "On a une moyenne au collège d'environ 24,5 élèves par division, une moyenne qui ne veut absolument rien dire. 10 000 classes en France ont moins de 19 élèves (...) d'autres en ont plus. Quand vous avez une classe de 10 ou 15 élèves, demander à ce que l’on mette deux, trois voire quatre élèves de plus, ça ne dégrade en rien la qualité du service qui est rendue aux élèves".

Depuis 2008, 40 000 postes ont été supprimés. Les syndicats estiment à 16 000 le nombre de suppressions de postes en 2011. "Chiffre fantaisiste", répond-on au ministère. "Nous n’avons jamais avancé une estimation, nous avons dit que nous évaluerons à partir des leviers identifiés (…). On regarde si par exemple sur une moyenne de 18 élèves, on ne peut pas la porter à 19. Un petit élève par-ci, par-là ça ne changera en rien la qualité de l’enseignement dans certaines académies. On fera ça dans le dialogue, en concertation avec les académies et ce n’est pas une décision qui viendra seulement d’en haut".

Vers la fermeture des petites écoles ?
Le gouvernement envisage également de fermer ou de regrouper les petits établissements qui souffrent d'un sous-effectif d'élèves. Egalement dans la ligne de mire du ministre de l'Education Luc Chatel, la scolarisation des deux ans en maternelle et le recours aux non-titulaires pour les remplacements d'enseignants absents.

A l'école élémentaire, la suppression d'environ "un millier d'emplois" d'intervenants extérieurs en langue vivante et d'assistants étrangers est évoquée, "sans conséquence sur l'enseignement des langues", explique-t-on au ministère. "Cela se fera progressivement" mais "c’est aux enseignants de la classe d’enseigner les langues".

Quant au recours aux postes "Rased", enseignants spécialisés pour lutter contre l’échec scolaire, ils seraient selon ces documents partiellement voire complètement supprimés. "Il n'a jamais été question de les supprimer", précise le ministère.

"Une attitude cynique et brutale du gouvernement"
Ces mesures font d’ores et déjà vivement réagir. A commencer par le principal syndicat du primaire, le SNUipp-FSU, qui les juge "inacceptables et insupportables pour l'avenir des élèves". Pour la fédération syndicale Unsa Education, "les contradictions n'arrêtent pas". "D'un côté, il (le gouvernement, ndlr) déplore l'échec scolaire ou la violence, et de l'autre, il les aggrave".

Dans les rangs socialistes, on s'indigne de l'attitude "cynique et brutale" du gouvernement. "Rarement la chasse aux économies aura fait aussi peu de cas de l'intérêt des élèves et de toute réflexion sur les finalités de l'école", dénonce le PS. "Augmentation des effectifs de classes déjà surchargées, diminution de la scolarisation des enfants âgés de deux ans en maternelle (...). A qui le gouvernement veut-il faire croire que ces mesures seront sans conséquences sur les performances globales du système éducatif ?".