Poursuivi pour "injure publique et raciale" à l'initiative du MRAP, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux était appelé à comparaître ce vendredi 16 avril devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.
En l'absence du prévenu, la cour a examiné une vidéo, filmée en septembre dernier lors de l'université d'été de l'UMP et largement diffusée depuis sur Internet.
Evoquant un militant d'origine maghrébine, mais pas musulman pratiquant, on peut y entendre le ministre déclarer sur un ton mi-figue mi-raisin que "ça ne va pas du tout", que le jeune homme "ne correspond pas au prototype".
Il a surtout ajouté que "quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes", phrase qu'il a précisée par la suite en expliquant qu'il faisait allusion aux Auvergnats. (Lire "Hortefeux et ses Auvergnats au tribunal").
Evoquant des "propos outrageants" et "méprisants", le procureur de la République François Cordier a clairement affirmé que dans cette affaire, "le délit d'injure raciale est constitué au sens de la loi". Néanmoins, il n'a pas requis de condamnation.
Il a en effet estimé que le caractère public de cette déclaration n'était pas avéré, rien ne permettant d'affirmer que Brice Hortefeux savait son échange filmé par une caméra de télévision.
Tout repose désormais sur cette nuance dans la qualification des faits.
Si le tribunal considère que l'échange litigieux n'était pas public, il pourrait requalifier les faits en "injure raciale". L'éventuelle infraction de Brice Hortefeux ne constituerait alors plus un délit, mais relèverait d'une simple contravention.
Selon Me Jean-Yves Dupeux, l'avocat du ministre qui avait nié toute "référence à une origine ethnique, maghrébine, arabe, africaine et ainsi de suite" à l'époque du scandale, Hortefeux n'aurait en aucun cas exprimé la "volonté d'opprimer" ou "d'avilir" qui que ce soit.
A l'inverse, pour Me Pierre Mairat, l'avocat du Mrap, les propos "outrageants" d'Hortefeux ont été "aggravés par les dénégations dans lesquelles il s'est enferré".
Selon Mouloud Aounit, le président de l'association antiraciste, les propos du ministre, "d'une violence inouïe", ont été perçus par des Français d'origine immigrée comme l'affirmation blessante "qu'ils ne sont pas des Français comme les autres, des Français à part entière".
Confirmant ses dires, les sociologues que le MRAP a fait citer, notamment la chercheuse du CNRS Véronique de Rudder, ont expliqué qu'il ne faut pas prendre ce type de déclarations à la légère, car "l'humour raciste n'est pas anodin, mais extrêmement violent et usant".
Le tribunal rendra sa décision le 4 juin.


































