Par définition, le sexe ne peut jamais se référer à une norme.

Qu'est-ce qu'une sexualité adulte?

Une sexualité mature qui tient compte de l'autre. Dans le développement de sexualité de l'être humain, tout commence par une sexualité autocentrée. Le petit enfant et l'adolescent en recherche d'identité sont très autocentrés sur leur propre plaisir. Puis vient un moment, où on a fait "le tour de la question", où on a épuisé les ressources de l'auto-érotisme, normalement à la la fin de la phase dite adolescente, entre 18 et 30 ans au sens large.

Qu'entend-on lorsqu'on parle d'une sexualité mature?

La deuxième phase de la l'évolution de la sexualité vient justement du dépassement de cette sexualité autocentrée, lorsqu'on aspire à partager ce plaisir dans une relation. Lors de la première phase, l'autre procure l'excitation, les stimuli. Dans la deuxième aussi mais l'autre est recherché pour le partage. J'utilise souvent cette métaphore du gastronome en consultation: au bout d'un moment, on prend plus de plaisir à partager des mets avec des amis chers que tout seul... C'est là qu'intervient la notion d'amour. On tombe bien sûr amoureux à la maternelle où à l'adolescence mais on tombe là sous l'emprise d'une attirance. L'amour comme lien, se construit dans la partage d'une émotion sexuelle.

Existe-t-il certaines spécificités propres à cette sexualité? La sexualité mature est-elle "cernable"?

On pourrait dire que c'est la recherche du plaisir de l'autre mais il faut faire attention car certains hommes cachent sous cet argument du "je veux donner du plaisir à ma partenaire", une façon de se rassurer quant à leur identité masculine. De même pour une femme qui peut masquer là une façon de se rassurer sur le fait d'être toujours désirable. Malgré les apparences, ils restent autocentrés. La maturité passe par une diminution de l'inquiétude sur son identité. L'homme sur la taille de son sexe, sa virilité, la femme sur sa capacité à être désirable etc. Disons que ces inquiétudes peuvent toujours exister mais elles ne doivent pas être seules sur le devant de la scène.

Cette maturité passe-t-elle par le couple?

Dans notre culture et à notre époque, oui, par un couple suffisamment durable. J'entends par couple durable, un couple qui a passé la phase de la passion où on est autocentré sur l'autre, dans la réalisation de son fantasme etc. Il faut être capable de passer cette première étape, savoir prendre le virage lorsque la passion décline. Si la personne reste autocentrée, ça peut être une phase de rupture. Le couple, c'est deux personnes qui dépassent leur auto-érotisme. On me parle souvent de routine en consultation. Mais c'est souvent parce que ces personnes là n'ont pas encore réalisé qu'il fallait investir de l'énergie pour avoir du désir... Ce n'est pas toujours facile de prendre ce virage, de renoncer à ce "paradis perdu". Il faut alors trouver un autre mode relationnel et sa traduction sur le plan sexuel. Plus il y a partage, plus on renforce le lien, et alors le temps n'est plus un ennemi. A condition aussi, que chacun puisse se nourrir du monde extérieur et ramener cette énergie libidinale dans le couple. Un couple est toujours en évolution, en construction. On a à peine fini de le définir qu'il développe autre chose.

Les naissances, la crise de la quarantaine, la ménopause... autant de "tranches de couple" à risque ?

Oui, tout évènement de vie joue dans un couple. Parfois, ça permet aussi de prendre conscience qu'une séparation est nécessaire. Ce n'est pas toujours un constat d'échec. On vit longtemps aujourd'hui, on peut donc bien imaginer avoir plusieurs vies de couple.

Cette sexualité a-telle évolué ces trente dernières années?

J'y ai beaucoup réfléchi depuis 15 ans, époque où j'ai commencé mes consultations. Ce qui a beaucoup fait bouger l'intimité du couple, c'est la sexualité féminine. Le fait pour les femmes d'affirmer leur aspiration au plaisir, ne simplifie pas tout - les hommes ayant toujours peur ne pas être à la hauteur – mais c'est un plus car ils ont en face d'eux de vrais partenaires sexuels et une différence plus dynamique pour le couple. Je note aussi une fragilisation plus importante vis à vis de l'extraconjugalité. D'un certain côté, on reconnaît que les rapportes extra-conjuguaux peuvent être passagers, de l'autre, ces relations peuvent être totalement dévastatrices, dans le sens où les couples sont désormais vraiment basés sur un lien affectif.

On parle aujourd'hui de plus en plus de sexe dans les médias, de pratique telle que l'échangisme par exemple. Quelle réalité sur "le terrain"?

On parle de sexe parce que ça fait vendre, c'est le nerf de la guerre. La libération de la parole est un bien. Pendant des siècles, la sexualité a été taboue, la notion de faute, de culpabilité lui était affiliée. Le revers de la médaille aujourd'hui, c'est qu'on risque de créer de fausses normes. Franchement l'échangisme ne concerne qu'une très petite minorité de personne. Mais certains inquiets vont angoisser de ne pas correspondre aux descriptifs des magazines... alors que par définition, le sexe ne peut jamais se référer à une norme.
 

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