Après le scandale des prêtres pédophiles aux Etats-Unis et en Irlande,les révélations se multiplient au sein de l'Église catholique, notamment en Italie où un cas a été révélé vendredi, aux Pays-Bas où l'on en évoque plusieurs, mais aussi en Autriche et surtout en Allemagne, où les abus d'enfants semblent avoir été généralisés avec pas moins de 19 diocèses touchés sur les 27 que compte le pays.

A paraître aujourd'hui dans le quotidien Süddeutsche Zeitung, la dernière affaire rendue publique éclabousse directement le pape Benoît XVI, alias Josef Ratzinger, car les faits remontent à 1980, lorsqu'il était archevêque de Munich.

En connaissance de cause, son archevêché a alors abrité un prêtre soupçonné d'abus sexuels, un certain abbé H., le temps qu'il se fasse soigner.

L'Eglise allemande reconnaît les faits
Dans un communiqué, l'archevêché de Munich et Freising a expliqué qu'en janvier 1980, "à la demande de l'évêché d'Essen", "il a été décidé (...) d'accorder un hébergement à l'abbé H. dans une paroisse afin qu'il puisse suivre une thérapie".

Confirmant que "l'ancien archevêque a participé à la prise de décision", le communiqué précise que l'abbé en question avait "été affecté à titre indéterminé en tant qu'assistant-aumônier dans une paroisse du diocèse de Munich par le vicaire général de l'époque" Gerhard Gruber, ce qui n'est pas sans poser des questions sachant les soupçons qui pesaient sur l'intéressé.

Six ans plus tard, en juin 1986, cet abbé avait été condamné pour abus sexuel sur mineur. Le tribunal d'Ebersberg avait prononcé une peine de 18 mois de prison avec sursis et une amende de 4000 deutsche marks (2045 euros) assortis de l'obligation de suivre une psychothérapie.

Le vicaire de l'époque assume la responsabilité
Cité par l'évêché, Mgr Gruber, le vicaire général de l'époque reconnaît que "l'affectation à plusieurs reprises de (l'abbé) H. dans des fonctions spirituelles était une grave erreur" dont il assume l'entière responsabilité.

Affirmant regretter "profondément que cette décision ait pu entraîner des abus sur des adolescents", Gruber "demande pardon à tous ceux auxquels cela a porté préjudice".

A ce jour, le prêtre incriminé exerce toujours en Bavière, l'épiscopat allemand assurant qu'aucun autre incident n'a été porté à sa connaissance. Quelques mois après sa condamnation, en novembre 1986, l'abbé H. avait été affecté dans une maison de retraite, puis un après, comme administrateur du conseil paroissial de la commune de Garching.

Le communiqué de l'évêché explique que "pour la réaffectation dans des fonctions spirituelles, la peine relativement clémente prononcée par le tribunal d'Ebersberg et l'avis du psychologue traitant ont vraisemblablement été déterminants".

Le chef de l'Eglise allemande reçu par Benoît XVI
Pour le Vatican qui s'est exprimé par la voix du père Federico Lombardi, il n'y a pas de scandale, car "toute l'affaire est expliquée", et rien n'entache la réputation du pape, Mgr Gruber ayant assumé la responsabilité des décisions prises à l'époque.

Reçu le vendredi 12 mars par Benoît XVI, l'archevêque Robert Zollitsch qui dirige l'Eglise catholique allemande a indiqué que le pape, "très ému" par son récit, lui avait apporté son "soutien" dans la façon dont l'Eglise allemande affronte cette crise.

Le prélat a affirmé que "toute la lumière doit être faite" sur ces cas de pédophilie, car les victimes auxquelles il a réitéré ses excuses "y ont droit". Cela implique notamment d'éclaircir ce qui a pu se passer au sein des petits chanteurs de Ratisbonne, un choeur dirigé pendant trente ans par Mgr Georg Ratzinger, le frère du pape.