• Que vous inspire les couvre feu pour mineurs ?
Cette proposition est à la fois inutile et redondante. La loi, telle qu’elle existe aujourd’hui, permet déjà de répondre aux objectifs fixés par le gouvernement. En parlant de couvre-feu, le gouvernement avance un message politique, consistant à dire que lorsque l’on est un enfant, entre 23 heures et 6 heures du matin, on doit être dans son lit. Ce texte se veut un rappel politique – au sens noble du terme- à l’adresse des parents, soulignant qu’il est de leur responsabilité de ne pas laisser traîner leurs enfants la nuit tombée. Mais faut-il en passer par la loi ? Je ne le pense pas.
Il serait sans doute plus utile d’avoir recours à des campagnes de sensibilisation sur ce sujet.
• Que pensez-vous du contrat de responsabilité parentale ?
Même chose que le couvre-feu. Il me semble que quatre votes ont déjà eu lieu sur ce dossier. La question est de savoir pourquoi ne se met-il pas en place ? Il ne suffit pas de rencontrer les gens et de les fustiger. Il faut une réelle administration sociale derrière pour que cela fonctionne. Pour s’attaquer à de telles problématiques, il faut autre chose que du discours, il faut de l’action sociale, et donc des moyens, et dans la durée. On est en droit de se demander si ces dispositions ne préfigurent pas des dispositions du rapport Balladur, proposant le transfert vers les maires ou l’intercommunalité des politiques sociales. Ces deux dispositions, votées à la veille des Régionales, ne visent qu’à durcir et cliver le débat politique, pour faire en sorte que des gens s’opposent à ces mesures, et qu’en face, d’autres s’y déclarent favorables. Le but de la manœuvre, c’est de faire polémique.
• La question de l’autorité n’est-elle pas le fond du débat ?
Très certainement, encore que- concernant l’autorité- le gouvernement aurait pu poser les problèmes différemment. La plupart des enfants que nous rencontrons sont confrontés à question de savoir qui à l’autorité sur eux ?
Chaque jour je rencontre des enfants, et dans bien des cas, l’enjeu est le même : le problème est moins de rappeler aux parents d’exercer leurs autorités, que de comprendre qui à l’autorité sur cet enfant.
C’est un vrai enjeu d’apprendre aux adultes à devenir des parents. La loi, au lieu d’être pénale, aurait du être civil en votant par exemple la responsabilité des beaux-pères et des belles-mères. Dire qui à le pouvoir sur l’enfant est un problème d’ordre public. Et donc, la loi devrait dire que tout enfant doit respecter l’autorité du beau-père ou de la belle-mère qui l’élève.
Le problème de ce texte est qu’il voit les problèmes par le petit bout de la lorgnette. Au lieu de faire un texte posant la question de savoir qui à l’autorité parentale, quel en est le contenu et qui l’exerce, on se contente de faire un texte d’interdit en pensant que la loi sera respectée. C’est une mauvaise manière de traiter cette question. Mais la question est de savoir si M. Hortefeux a voulu traité le problème. D’ailleurs, était-ce au ministre de l’intérieur de traiter cette question ?
• À votre avis, pourquoi le gouvernement se focalise sur les mineurs de moins de treize ans ?
Brice Hortefeux tente d’être cohérent par rapport à son discours qui consiste à dire qu’avant 13 ans, on est un enfant, et qu’après treize ans, on est un délinquant. Petit à petit, il se dessine une politique visant à dire qu’avant cet âge-ci on relève de politique sociale, et qu’après cet âge on relève de la justice.
• Compte tenu de votre expérience, reconnaissez-vous le comportement des mineurs, tels qu’ils peuvent être présenté par certains ?
Il ne faut pas caricaturer. Je dis que les réponses sont mauvaises, mais je ne dis pas pour autant que les problèmes sont inexistants. Bien sûr qu’il existe des enfants de 8 ou 9 ans traînant la nuit dans les rues, mais je ne pense pas que la France soit pour autant à feu et à sang.
• Sait-on encore éduquer les enfants aujourd’hui ?
Bien sûr. Avant il y avait un modèle de vie familiale, les deux parents unis dans le mariage, et restant dans le mariage. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, car chacun a vécu plusieurs modèles de vie familiale, qu’il s’agisse des familles monoparentales, recomposés, hétéros ou homosexuelles, etc.…. On est sur l’idée post soixante-huitarde, que tout est permis, et qu’il est interdit d’interdire. Donc, les gens ont de moins en moins de repères. A mon sens, c’est le rôle de la puissance publique de donner de la morale à la loi, et donc de rappeler un certain nombre de règles du jeu. C’est ce que je fais au quotidien dans mon bureau, en rappelant à un jeune qu’à 23 heures, il n’a rien à faire dehors. Je comprends que le législateur veuille le dire dans la loi, mais ce n’est pas dans les textes qu’il faut l’inscrire, mais dans la culture commune.
Propos recueillis par Adrien Cadorel




































