Sans tambour ni trompette, la France s’apprête à soutenir l’interdiction du commerce international du thon rouge. L’annonce n’a pas encore été communiquée officiellement car des zone d’ombre persistent. "Personne ne remet en cause l’enjeu de protection de l’espèce, mais on a des discussions sur les modalités", indique-t-on au ministère de l’Environnement. La France pourrait demander un délai de douze à dix-huit mois ou des aides européennes pour les pêcheurs.

Un geste symbolique
Demander l’inscription du thon rouge à l’annexe I des espèces menacées de la Cites est un geste fort pour l’environnement, au début de l’année internationale de la diversité, et après les échecs de Copenhague et de la taxe carbone. Selon l’Iccat, l’espèce est proche de l’extinction : les stocks de thon rouge représentent à peine 15% de leur niveau originels.

Les pêcheurs inquiets
Mais la France représente aussi un cinquième des volumes de pêche officiellement déclarés pour ce poisson de luxe, exporté à 80% à destination du marché japonais. "Les conséquences seraient dramatiques pour la filière", s’inquiétait Serge Larzabal, du comité national des pêches maritimes, le mois dernier dans Metro.

Délai ou urgence
Selon les calculs de Greenpeace, même une inscription sur la liste de la Cites en mars ne serait effective que trois mois plus tard, soit après la campagne de pêche 2010, qui se déroule entre mi-mai et mi-juin. Un délai de douze à dix-huit mois autoriserait encore une ou deux saisons de pêche, qui suffiraient à décimer entièrement l’espèce. "Cela revient à reconnaître qu’il faut sauver d’urgence le thon rouge mais qu’on le protègera après sa disparition", déplore l'association, qui  a lancé une pétition à l’attention du ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire.