Quelles actions fortes l’Unicef mène-t-elle à Madagascar ?
L’Unicef évalue l’ensemble des droits et des violations des droits de l’enfant pour déterminer comment mettre en place, de manière systématique, un environnement de protection de l’enfant qui permette d’agir à différents niveaux. Cela passe par des messages de sensibilisation pour faire prendre conscience à la communauté, aux parents et à l’enfant de la spécificité des droits des enfants. L’Unicef fait aussi en sorte que les autorités travaillent à leurs mandats institutionnels et appliquent la loi (protectrice à l’égard des enfants, ndlr). On adopte une approche holistique, c’est-à-dire qu’on ne prend jamais un problème déconnecté des autres et on essaie d’agir sur tous les déterminants : l’éducation, le développement personnel de l’enfant, l’exploitation par le travail…

Un exemple ?
L’un de ces déterminants qui a nécessité beaucoup d’interventions de la part de l’Unicef est l’enregistrement des naissances, que l’on a facilité et renforcé (on estime qu’un quart des enfants malgaches n’ont pas d’état civil, ndlr). La première chose pour lutter contre tous types d’abus et d’exploitations est de reconnaitre que l’enfant a une existence légale. Cette existence est garantie par l’enregistrement de sa naissance qui lui permet d’avoir des papiers d’identité. Cela permet aussi aux autorités de connaitre son âge, quand il travaille. De plus, sans acte de naissance, les enfants peuvent aller à l’école mais pas passer les examens du premier cycle. Ils suivent donc un cursus scolaire qui n’est pas sanctionné par un diplôme, ce qui affecte leur accès à l’école supérieure et à des emplois plus qualifiés.

Un des problèmes à Madagascar est que l’on ne reconnait pas la spécificité de l’enfant, qui est vu comme un adulte miniature…
Madagascar est une société qui reste très traditionnelle, mais sa conception de l’enfant change progressivement. Depuis 1991, la constitution malgache reconnait la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) comme faisant partie du droit. La grande majorité des Malgaches, comme partout ailleurs, aiment leurs enfants. Reste à savoir comment ils comprennent la psychologie infantile, mais aussi la valeur de l’éducation – à laquelle ils n’ont pas toujours eu accès-, les abus, la violence, l’exploitation et leurs impacts négatifs sur le développement de l’enfant. C’est le rôle de l’Unicef et du gouvernement de leur faire prendre conscience de cela. Cela vient petit à petit et nécessite de gros efforts de communication.

Le gouvernement est-il vraiment impliqué pour faire bouger les choses ?
La CIDE oblige le gouvernement à mettre un maximum de ressources possible pour protéger les enfants et valoriser els droits sociaux. Etant donnée l’importance du travail des enfants dans un pays aussi pauvre que Madagascar, les ressources à investir sont énormes. La première chose à faire est de s’attaquer à la pauvreté. Le gouvernement précédent avait un plan d’action général de lutte contre la pauvreté, le "Madagascar Action Plan". Mais il a été freiné par la crise politique qui a secoué le pays en janvier dernier. Il reste cependant un document de référence, qui s’inscrit dans les objectifs du millénaire pour le développement. Le gouvernement a aussi adopté un plan d’action national de lutte contre le travail des enfants, un autre contre les violences à l’égard des enfants. Il s’est beaucoup impliqué dans la sensibilisation et a donné à l’Unicef son aval pour la mise en place des réseaux de protection de l’enfance à travers le pays. Maintenant, est-ce que les ressources pour lutter contre la pauvreté sont suffisantes ? Non. C’est un travail de très longue haleine.

Néanmoins, pensez-vous que les mentalités sont en train de changer ?
Oui. Des communautés se mobilisent par elles-mêmes sur les thématiques de protection de l’enfant, elles réclament le respect de leurs droits. Ca veut bien dire qu’il y a une prise de conscience. Certaines pratiques contre les enfants ne sont plus vues comme acceptables. Mais les réseaux de protection de l’enfance ne couvrent pas encore tout le pays : seules 700 des 1500 communes en disposent. Ce sont ces réseaux, qui associent tous les partenaires concernés par la protection de l’enfance, qui effectuent un travail de fond dans les communautés, dans les quartiers. Il y a toutefois encore beaucoup d’efforts à faire.