Dans une quinzaine de pays à travers le monde, on fête ce vendredi la gentillesse. Un souffle de bonté (vous l’avez senti ?) qui n’avait pas atteint la France avant que Metro et le mensuel Psychologies magazine ne décident de l’y importer, pour la première année. Pourquoi ? Parce que ce monde est brutal, que la compétition a remplacé l’entraide, que l’égoïsme a supplanté l’empathie et que la gentillesse est devenue gnangnan, voire suspecte. Et qu’il pourrait tout à fait en être autrement. Ca l’a d’ailleurs été pendant des siècles. L’empereur et philosophe romain Marc-Aurèle avait érigé la gentillesse en "plus grand plaisir de l’être humain". Le christianisme, qui impose d’aimer son prochain comme soi-même, a longtemps été la tradition dominante en matière de gentillesse.
Jusqu’à ce que Thomas Hobbes écrive le Léviathan (1651), texte fondateur de l’individualisme, dans lequel il assimile la charité chrétienne à une manifestation de bêtise. Pour lui, les hommes sont des animaux égoïstes qui mènent "une guerre de tous contre tous". Sa pensée deviendra dominante dès la fin du 18eme siècle, à l’avènement de la révolution industrielle. Deux siècles plus tard "la gentillesse est une vertu de perdants. Elle inspire de la méfiance, et ses démonstrations publiques sont jugées moralistes et sentimentales", constatent Adam Phillips, psychanalyste britannique et Barbara Taylor, historienne anglaise, coauteurs de "De la gentillesse". Pour eux, "la gentillesse – et non pas la sexualité, non pas la violence, non pas l’argent- est aujourd’hui notre plaisir interdit". Mais pourquoi s’interdire ce qui fait tant de bien ? Peut-être parce qu’on n’ose pas. "Il y a un risque au cœur de la gentillesse", explique Fabrice Midal, philosophe français. "Elle repose sur une sensibilité aux autres, une capacité à être touché par leurs plaisirs comme leurs souffrances." La gentillesse, c’est l’autre nom de l’intelligence.




































