Le gouvernement maîtrise la concordance des temps. Alors que Nicolas Sarkozy a déclaré mercredi souhaiter un projet de loi visant à interdire le voile intégral sur le territoire, on a appris jeudi qu’une Française, convertie à l’islam et se faisant appeler Anne, avait été verbalisée à Nantes début avril pour “circulation dans des conditions non aisées”. Motif de la gêne : le niqab porté par la jeune femme.
Dans la foulée, Brice Hortefeux a demandé vendredi à son homologue à l’Immigration, Eric Besson, de “faire étudier les conditions dans lesquelles” le mari d’Anne pouvait être déchu de sa nationalité.
Cause de l’ire ministérielle ? Cet Algérien, naturalisé Français en 1999, appartiendrait au mouvement fondamentaliste Tabligh qui préconise une pratique radicale de l’islam (voir par ailleurs).
Selon la lettre adressée par Brice Hortefeux à Eric Besson, Lies Hebbadj “vivrait en polygamie, avec quatre femmes dont il aurait eu douze enfants. Chacune percevrait l’allocation de parent isolé”. Dimanche, le procureur de la République de Nantes a affirmé n’être saisi “à ce jour d’aucune plainte” de la part d’un organisme social. Quant au soupçon de polygamie, il a appelé à la “prudence” car “si un homme est marié civilement mais a cinq maîtresses, l’adultère n'est plus puni par la loi”.
En plein débat sur la volonté gouvernementale de légiférer sur la prohibition du voile intégral, voilà une affaire qui tombe à pic. Pour les partisans du “zéro voile”, c’est même du pain béni. “Hortefeux a eu raison de mettre les pieds dans le plat”, s’est ainsi félicité le patron des députés UMP, Jean-François Copé.
Mais de nombreuses voix à gauche ont interrogé ce curieux hasard du calendrier. Le maire de Nantes et patron des députés socialistes à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault, a dénoncé samedi “la dramatisation et l’instrumentalisation” par le gouvernement de cette affaire alors même que, selon lui “la situation de cet homme est connue depuis un bon moment par les services de l’Etat”.
Julien Dray, lui, a renchéri en dénonçant “un montage politique”, la construction “d'un scénario de dramatisation” dont le but serait d’installer “un contexte idéologique pour préparer les termes du débat de la présidentielle” de 2012.



































