Que peut apporter le cinéma à la défense de l'environnement ?
Une belle image vaut mieux qu’un long discours. Ca touche un plus large public. Pas d’images, pas d’infos. Tant qu’on n’a pas eu des images des algues vertes, le sujet a été occulté au niveau national. De même, les abattoirs américains qui ne sont pas aux normes ont interdit les caméras.
Comment parler d’environnement dans une fiction ?
Cette question est en filigrane de toutes les autres, en toile de fond d’une histoire, d’une aventure. Orpailleur, par exemple, raconte l’histoire d’un type qui part en Guyane chercher de l’or. Il évoque accessoirement la pollution à l’antimoine, au plomb... Tous les moyens sont bons pour sensibiliser le public, pas seulement les films militants. Le développement durable touche toutes les composantes de la vie. Pas seulement la biodiversité et les bébés phoques, mais aussi le social, la malbouffe…
Quels sont vos coups de cœur de ce festival?
Le documentaire américain Food Inc (sortie le 2 décembre), sur la malbouffe, est très didactique et réalisé avec beaucoup de moyens. Il montre comment les frères McDonald ont commencé par faire faire des tâches répétitives pour abêtir leurs employés, les payer moins et les remplacer plus facilement. Cette division du travail a été voulue, et a eu des répercussions sur l’industrie. Aujourd’hui, les trois plus grandes entreprises de viande travaillent de la même façon.
Le britannique The Age of stupid (documentaire d’anticipation, déjà en salles, ndlr) est aussi formidable, très engagé, très démonstratif. Dans un autre genre, Eatrip est un film japonais qui ne parle que de nourriture mais qui est très émouvant.
Les films d’environnement ne sont pas calqués sur le modèle américain. Ils sont souvent plus lents, avec de belles images. Il ne faut pas chercher de pistolets ni d’assassins.
Al Gore, Yann-Arthus Bertrand, Nicolas Hulot ont sorti des films à gros budget pour alerter sur l’avenir de la planète. Est-ce une mode ?
Cela correspond à une préoccupation des gens. Le Grenelle de l’environnement a été un très bon accélérateur. Les gens en ont marre qu’on les accuse, ils veulent qu’on leur donne des solutions. Fermer le robinet d’eau en se lavant les dents, c’est une solution stupide. Le film de Nicolas Hulot a été une catastrophe en termes d’entrées car il était culpabilisant : « Salopard, tu prends ta voiture, tu consommes, tu vis ». Derrière se profilent des intégristes.
Pour vous, quel est le message principal à faire passer sur l’environnement ?
Il faut que la conscience environnementale soit diffusée partout, dans les talk shows, les films, chez les comiques. Ça doit devenir aussi bête que mettre sa ceinture en voiture. L’environnement ne doit pas devenir la préoccupation principale mais doit faire partie de la vie quotidienne.
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’état du monde en 2050, c’est l’horizon 2013, 2014. Doit-on continuer le mitage du paysage avec des pavillons, certes basse consommation, mais qui obligent à prendre la voiture ? On n’a jamais eu non plus de débat national sur l’avenir de notre agriculture. Qu’est-ce qu’on mange demain ? C’est une question importante.
Festival International du film d'environnement
Jusqu’au 24 novembre
à La Pagode, à Paris. Infos sur
festivalenvironnement.com



































