Partie en septembre de Lorient, la mission Tara Océans a traversé la Méditerranée durant quatre mois, avant de faire une pause à Charm-el-Cheikh. Quel bilan tirez-vous de cette première partie de l’expédition ?
Ça se passe très bien. Le matériel scientifique à bord fonctionne, hormis un appareil. Les protocoles scientifiques (combien de prélévement par jour, à quel profondeur…) ont été mis en place. C’est important d’avoir des échantillons de qualité. Les scientifiques ont été surpris de la qualité de ce petit voilier océanographique. Un premier bilan scientifique sera établi en mars.
Au niveau de la navigation, on a eu pas mal de mauvais temps. On ne pouvait pas faire autant de prélévements que prévu. On a réalisé 35 stations de douze heures, soit 25% de moins que ce qui avait été planifié.

Et au niveau de l’équipage?
Il y a une super ambiance à bord. Souvent, sur les bateaux, on s’engueule. Scientifiques, marins et équipes de télé n’ont pas les mêmes objectifs, mais ça s’est bien passé. Les gens sont portés par le projet. On a aussi voulu tester les équipes de scientifiques. Il y a eu beaucoup de rotations. C’était assez compliqué d’accueillir certains pour une semaine seulement.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
Les escales ont pris une importance plus grande que prévu. Entre les rencontres avec la presse et les écoles, les conférences, c’est prenant. Plus on se dirige vers le sud, plus les administrations douanières sont compliquées. Il faut compter plusieurs heures, montrer ses papiers, donner des autorisations… c’est lourd. Sans parler des autorisations administratives pour effectuer des prélévements dans les eaux des différents pays et les exporter.

Quel est le programme des prochaines semaines ?
Après une longue escale à Charm-el-Cheikh, Tara se rend à Djedda puis à Djibouti, pour effectuer les première manipulations sur les coraux. Ensuite, on se dirige vers Abou Dhabi. C’est la partie la plus chaude de notre voyage, en raison des risques de piraterie. On prend des précautions. L’équipe scientifique et les journalistes seront débarqués. On espère que ça va bien se passer, mais on ne va pas beaucoup communiquer pendant cette période pour ne pas attirer l’attention.

Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer le projet Tara Océans ?
Tara avait déjà réalisé une mission longue sur la  dérive arctique. Je m’intéresse à la problématique du changement climatique. Le but est de comprendre le rôle des océans dans le climat. Les océans produisent la moitié de l’oxygène mondial, pour nous, c’est une respiration sur deux. L’enjeu est de mieux comprendre ce qui se passe, notamment au niveau de l’acidification des océans, et comment les microorganismes vont réagir dans les années qui viennent. Ils représentent 99% de la biomasse des océans, or on les connaît très peu.