Vous partez la semaine prochaine pour le Spitzberg, base de départ de votre traversée du pôle nord. Comment vous sentez-vous ?
Je suis impatient. Techniquement, c’est à peu près fini. L’ensemble du matériel, ballon, nacelle, hélium, est déjà parti par bateau en novembre, avant que la mer gèle. Je suis dans les détails de navigation. Je m’entraîne, j’ai encore effectué un vol hier. Cela fait un an et demi que j’y travaille, il me tarde de mettre en œuvre tout ce que j’ai appris.
Vous partez dans une montgolfière. Comment la dirigez-vous ?
J’avais lancé le projet de traverser l’Arctique avec un dirigeable il y a quelques années, mais il a été détruit dans une tempête peu de temps avant le départ. La, je pars avec un autre type de ballon, une rozière, qui fonctionne à l’hélium et à l’air chaud. Je contrôle l’altitude. Pour monter, je chauffe l’hélium, qui se dilate, et pour descendre, j’ai une soupape. A Paris, on a un PC vol, chez Generali, où un routeur météo décortique l’atmosphère pour voir la direction des vents en fonction de l’altitude. Mon pilotage consiste à être dans la bonne veine d’air. Je suis totalement dépendant du vent.
Qu’allez-vous mesurer ?
Je réalise des mesures du CO2 dans l’atmosphère pour le laboratoire des sciences du climat et de l’environnement du CEA-CNRS, et du champ magnétique qui sera utilisé par l’institut de physique du globe. C’est de la science fondamentale pure.
Est-ce la science ou l’aventure qui vous motive ?
Mon moteur, c’est cette traversée en ballon. J’ai fait beaucoup d’expéditions, je sais le plaisir que j’y prends. J’aime aussi contribuer à la science, mais ma légitimité, c’est le projet pédagogique. L’aventure, c’est une passerelle entre le public et des phénomènes scientifiques complexes. Cette notoriété permet de parler du climat, de l’évolution de glaces, des énergies du futur.
D’où vous vient cette fascination pour les pôles ?
C’est très ancien. Vous êtes dans une autre planète, au milieu d’un univers sans référence à l’humain. C’est ma troisième expédition en solitaire, après la traversée vers le pôle Nord et la dérive arctique. Il y a une intensité dans la relation aux choses et aux lieux qui est très forte.
C’est aussi très éprouvant physiquement ?
Quand j’ai tiré mon traîneau pendant soixante trois jours, ce n’était pas technique du tout, c’était surtout mental. Dans le ballon, ce sera encore plus dans la tête que dans les jambes : gérer son sommeil, continuer à avoir envie malgré les moments difficiles, les tentatives d’abandon. Je vivrai assis dans la nacelle hexagonale. Je peux dormir allongé et je peux être debout dans un espace central sous le dôme. Je ne me pose pas pendant le voyage, qui va durer une dizaine de jours.
Par vos expéditions, quel message souhaitez-vous faire passer ?
J’ai une légitimité de terrain. Les régions polaires, surtout l’Arctique, sont les plus affectées par le réchauffement. En vingt-cinq ans, j’ai vu l’épaisseur de la banquise diminuer de 30 centimètres Préserver la banquise, ce n’est pas seulement pour les ours polaires, c’est un élément essentiel de la régulation du climat.
Vous êtes médecin. Diriez-vous que la Terre est malade ?
La Terre a un fébricule, u ne petite fièvre à 37,8°C. La température s’est réchauffée de 0,8°C en un siècle et on évoque un réchauffement maximal souhaitable de 2°C. A 39°C, les choses sont encore réversibles. Le climat est un sujet de discussion permanent, on en a fait un concept populaire. Or c’est une mesure scientifique. En dénigrant le travail des scientifiques, on retarde les solutions que sont les économies d’énergie et l’investissement dans les énergies décarbonées, solaire, éolien, biomasse.
Quels sont vos prochains projets ?
J’ai un bateau en construction. Un navire océanographique qui sera une université flottante, dédiée à la recherche sur les mers. Il est déjà dessiné, cela fait deux ans que j’y travaille. Le projet est prévu pour 2013.
Plus d'infos
- Le site de Jean-Louis Etienne
- Le site de l'expédition Generali Arctic Observer


































