Quels débats pensez-vous nécessaires d’ouvrir – ou de fermer - en cette Journée de la femme ?
Il y a eu beaucoup d’avancées en 30 ans. J’ai la chanson « Femmes des années 80 » qui me revient à l’esprit… Des femmes pilotes d’avion ou présidentes, on en a aujourd’hui ! Mais les droits de voter et d’avorter, si on y pense, ont été acquis très récemment. La grande révolution qu’il faut mener aujourd’hui, c’est de redéfinir la place de l’homme et celle de la femme qui, l’un et l’autre, sont un peu perdus. Les jeunes femmes par exemple ont souvent du mal à trouver leur place par rapport à leurs grands-mères ou leur mère. En fait, il faudrait qu’on arrive à ne plus se poser la question du genre, qu’on n’ait plus besoin de lois pour faire respecter la parité, qu’il n’y ait plus 25 000 articles sur une femme président juste parce qu’elle est une femme…

Etes-vous féministe ?
Non, je suis humaniste. Mais je pense que le féminisme a pu être nécessaire pour revendiquer des droits et motiver les femmes à descendre dans la rue pour défendre leur cause.

Quelle image avez-vous de la femme en 2010 ?
J’ai refusé certains films car je trouvais terrible l’image qu’ils donnaient de la femme, du genre quand on est belle on est conne et quand on est moche on est intelligente… C’est une caricature à deux balles que je déteste. En tout cas, je trouve que, de nos jours, on se met beaucoup la pression pour être de bonnes mères. Moi je fais comme je peux avec mes deux garçons de 9 et 10 ans.

Quand vos enfants étaient petits et que vous partiez en tournage, on vous faisait culpabiliser ?
A mort ! Tiens, une deuxième chanson des années 80 m’a marquée : "Etre une femme libérée, tu sais c’est pas si facile"… C’est encore vrai aujourd’hui. Quand est-ce qu’on dira qu’être un homme au foyer, c’est pas si facile ? Le tout est de réussir à trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Et sur ce sujet, le regard des hommes comme celui des femmes doivent changer.

Que vous reprochait-on ? De ne pas être "la bonne mère qui se sacrifie pour ses enfants" ?
Cette mère-là n’est pas la bonne mère. C’est une image absurde. Quand les bébés sont tout petits, c’est une nécessité vitale d’être là, près d’eux. Et on a envie d’y être. Mais rester enfermée, ça peut être sclérosant. Et puis ça veut dire quoi l’instinct maternel ? Moi je ne sais pas ce que c’est ! C’est l’affaire de chacune. A chaque femme et à chaque couple de trouver son équilibre, sans que la société juge ses choix. Ce qui est chiant, c’est d’avoir cette injonction "il faut se sacrifier", et rester au foyer. Pour moi, retravailler était une nécessité. Après, la complexité est de trouver comment s’organiser pour faire garder ses enfants.

On dit souvent que, derrière chaque homme qui réussit, il y a une femme. Comme si cette dernière devait toujours rester au second plan…
Oui et j’ai l’impression que c’est un truc que nous, les femmes, portons nous-mêmes ! On prend soin de, on joue les mamans…

Comment se passe, chez vous, la répartition des tâches ménagères ?
J’estime que ça dépend de la manière dont on élève ses enfants. Quand il fallait vider le lave-vaisselle, c’était toujours moi que ma mère appelait et pas mes frères. Mais mes garçons débarrassent la table, ils font la vaisselle. Il faut leur apprendre ! Après, ce sont aussi les femmes qui prennent les choses en main parce qu’elles l’ont toujours fait. Je me suis vue tout faire et me dire "mais pourquoi tu fais tout ?" Laissons les hommes faire ! Mes frères, maintenant, prennent leur part des tâches ménagères. Je pense vraiment que cette situation peut changer avec la génération de mes enfants. Si ça se trouve, on n’aura même plus besoin de la journée de la femme en France !

Spontanément, que diriez-vous de la femme que vous êtes ?
Je dirais forte et fragile, comme toutes les femmes… et comme tous les hommes. On nous pense plus fragiles que nous ne le sommes – parce qu’on peut être très fortes – et on pense les hommes plus forts qu’ils ne le sont. Mais on est très différents et c’est cela qui fait tout l’intérêt de nos rapports. La première différence est que les femmes ont des règles et donc des changements hormonaux alors que l’homme n’en a pas. Nancy Huston, dans son livre Professeurs de désespoir, dit que l’image de Dieu est une image masculine parce qu’elle est immuable et qu’on n’envisagerait pas une déesse à sa place parce qu’elle serait enceinte de temps en temps, elle serait grosse…

Je pensais plutôt à vos différents rôles de mère, de femme aimante, de comédienne. Lequel mettriez-vous spontanément en avant pour vous définir ?
Je suis tout à la fois : femme, amie, amoureuse, mère. Ca dépend des moments. Comme il y a des moments où j’ai envie d’être sexy, et d’autres où je suis en jean basket sans maquillage. J’aime aussi l’idée de pouvoir mettre des talons et de partir en courant changer une couche. Mais de manière générale je déteste le fait d’être mise dans une boîte. J’aime l’indépendance. C’est pour ça que j’aime jouer plein de femmes différentes et que je préfère la nuance à la caricature. Dans mes cours de théâtre, j’ai par exemple toujours refusé de faire comme les autres filles quand elles jouent Shakespeare : elles pleurent, elles crient, elles sont hystériques. Moi je suis allée contre ça : je ne pleurais pas, je n’étais pas hystérique. Je ne veux pas qu’on me colle d’étiquette et je préfère être là où on ne m’attend pas.

On a l’impression que les actrices en vue ont l’injonction d’être belles tout le temps… N’est-ce pas pénible ?
Le côté "il faut se faire refaire les seins et gonfler les lèvres", ça me gonfle. Je suis comme je suis. Je suis dingue de Simone Signoret et de Romy Schneider qui étaient belles avec ce qu’elles étaient elles. Ce qui est intéressant, c’est l’énergie qu’on donne. Je n’ai jamais réfléchi dans ma vie par rapport à l’image que je devais donner parce que je suis comédienne. J’ai fait des enfants sans me poser la question de savoir si c’était le moment ou pas pour ma carrière. Tout est question d’équilibre. Si je suis épanouie dans ma vie, je le suis aussi dans mon métier.

Quel est le personnage que vous avez interprété et qui est le plus proche de qui vous êtes ?
Clara, dans Clara et moi. Mais en même temps, même dans ce film, je compose. Et même si je mets un peu de moi dans tous mes films, ce n’est jamais vraiment moi. Je n’ai jamais joué "moi".

Est-ce possible ?
Je ne suis pas sûre. Ca, c’est pour derrière la porte, pour mes amis, mon compagnon ! Dans la vie, je ne joue pas, je suis sincère.

Les acteurs sont souvent mieux payés que les actrices. N’est-ce pas agaçant ?
Je n’ai pas la moindre idée s’il y a une vraie inégalité. Je ne l’ai jamais ressentie. Maintenant il y a plus de rôles de mecs que de femmes et plus d’actrices que d’acteurs. Dans un cours de théâtre, sur 100 comédiens, on compte facilement 80 filles pour 20 garçons. Mais dans les rôles écrits, c’est plutôt 60 rôles de mecs et 40 de filles. De plus, ce qui me surprend, c’est que si une femme joue le rôle d’une alcoolique ou un personnage trash, ça marque davantage que si c’était un homme qui tenait le rôle…

Vous voulez lancer une journée de l’adoption en France. Pourquoi ?
Il y a quelques temps, j’ai fait une lecture d’un texte d’une jeune femme, Coco Tassel, qui s’appelle J’adopte. Adopter est un vrai parcours du combattant, ça prend des années, ça suscite beaucoup de questions sur la filiation. C’est pour cette raison que, à l’image de ce qui existe au Brésil , je voudrais créer cette journée, tous les 2 octobre.