Même en Chine, on se bidonne. L'arrivée probable du fils cadet de Nicolas Sarkozy à la tête de l'Etablissement public d'aménagement du quartier d'affaires de La Défense (Epad) suscite dans le monde entier des réactions à la fois ironiques et indignées.

Des études médiocres

"La dynastie Sarkozy est mêlée à une affaire de népotisme controversée après l'annonce de la possible arrivée du fils du président français, Jean, à la tête d'un organisme public à La Défense, à Paris, l'un des plus grands quartiers d'affaires européens", résume le Guardian, en Grande-Bretagne.

A 23 ans, Jean Sarkozy, qui redouble sa deuxième année de droit, ne semble pas réunir tout à fait les compétences et qualiffications requises pour un poste aussi important et... stratégique.

"A Sarkoland"

Charles Bremmer, du Times, ironise sur "Sarko junior", "sur le point d'être nommé président de l'Epad, l'organisme public qui gère La Défense, quartier d'affaires important dans l'ouest de Paris. La Défense, un pôle d'entreprises en compétition avec la City de Londres, est au cœur de Sarkoland, les Hauts-de-Seine, département qui comprend Neuilly, le fief du Président.
Sarko Junior, qui a redoublé sa deuxième année de premier cycle en droit à la Sorbonne, a été élu à Neuilly l'année dernière. On lui a aussitôt donné les clés de la direction de l'Union de papa pour un mouvement populaire. »

L'information fait même ricaner en Chine, où la chaîne chinoise CCTV a consacré un reportage à la formidable ascension du fils à papa.

Le PS se gausse

La France n'est pas en reste et l'opposition s'en donne à cœur joie.

Le député PS Arnaud Montebourg a dénoncé sur RMC la "prise de guerre clanique et familiale", ajoutant "C'est le privilège de naissance, c'est parce qu'il s'appelle Sarkozy qu'on nommerait un étudiant en droit de 2e année à la tête de l'Epad? Ça n'a aucun sens, c'est la destruction de l'esprit de la République".

"Dans la déclaration des droits de l'Homme de 1789, il est dit que les postes sont attribués selon les capacités et les mérites, c'est ça une République digne de ce nom, mais quel est le mérite de Jean Sarkozy à part d'être le fils à papa ?", a-t-il ajouté tout en accusant :"L'immobilier de la région parisienne c'est de l'or noir, il y a de l'argent derrière, il y a des intérêts derrière".

Quant à l'ancien premier ministre socialiste Laurent Fabius, il s'est livré à un savoureux sketch sur France Inter : Pour "le plus grand quartier d'affaires d'Europe (...) on a besoin de quelqu'un qui soit un très bon juriste, or M. Sarkozy est en deuxième année de droit, c'est déjà un élément très, très fort", a fait valoir le député de Seine-Maritime.

"On a besoin de quelqu'un qui connaisse bien les affaires (...) et là je pense qu'il peut y avoir quelques prédispositions", a-t-il poursuivi, ajoutant :

"Je n'oublie pas non plus que la semaine dernière M. Hirsch a présenté un plan pour la promotion des jeunes et je suis sûr que c'est dans ce cadre que sa nomination est faite".

Laurent Fabius a finalement conclu : "Je trouve que c'est très, très injuste aussi à l'égard des autres enfants de M. Sarkozy, parce que que vont-ils faire?".

La cour de prince Jean

Du côté de la majorité, on soutient mordicus le jeune "prodige" :

"Moi qui ai connu Nicolas Sarkozy à 22 ans, il avait déjà beaucoup de talent. Et je peux vous dire que Jean Sarkozy, à 23 ans, a peut-être encore plus de talent que n'en avait son père à son âge", a déclaré Patrick Balkany, l'actuel président de l'Epad qui, à 65 ans, est atteint par la limite d'âge. "Cela n'a rien à voir avec le fait qu'il soit le fils de son père. Ce n'est pas parce qu'il est le fils du président de la République qu'il est là, c'est parce qu'il a le talent pour le faire", a-t-il argué.

Pour  Xavier Bertrand, «le début du parcours de Jean Sarkozy n'est dû qu'à une seule chose : l'élection». Hervé Novelli, secrétaire d'État au Commerce, a estimé sur RTL que le fils du chef de l'État «a le droit de tenter et de réussir sa carrière».

Quant au principal intéressé, il s'est défendu en faisant valoir :

«Je suis président de la majorité départementale depuis maintenant près de deux ans et, à ce titre, j'ai eu à connaître de tous les dossiers qui intéressent le département» Son porte-parole a fait savoir qu'il demandait à "être jugé sur ses actes et non sur son âge ou son nom".