Vous pointez du doigt le manque d’activité en détention. Pour quelles raisons ?
La vraie question concerne l’effectivité des lois. Nous avons vu que l’article 27 de la loi d’orientation pénitentiaire stipule que chaque détenu se doit d’accepter l’une des activités proposées par le chef d’établissement, ou par le directeur d’insertion et de probation.

Partant de cela, nous sommes allés vérifier, si dans la pratique, les détenus avaient accès à ces activités. D’autant que nous avons été frappés de l’ennui qui régnait dans ces lieux de privation de liberté. Mais sur le terrain, nous avons constaté que si la demande était extrêmement forte de la part des détenus, l’offre proposée était bien trop faible, ou s’adressait à une minorité de détenus.

De fait, cela est synonyme de pouvoir pour l’administration pénitentiaire, car compte tenu de l’offre forte et de la demande faible, elle peut plus facilement choisir qui aura accès à une activité.

Vous craignez que cette situation n’évolue pas ?
Bien sûr, particulièrement si l’administration ne fait pas d’efforts, non seulement dans l’aménagement des structures existantes, permettant de créer des ateliers, mais aussi dans le démarchage d’entreprises. Il est clair qu’il n’est pas évident de faire venir des entreprises en milieu carcéral. Il y a deux enjeux cruciaux : si l’on ne fait pas davantage d’efforts pour rendre cette loi effective, on risque de multiplier les tensions de la part de détenus inoccupés, et l’on sacrifie en même temps le volet réinsertion de la détention, en n’offrant pas à un détenu la possibilité d’une formation ou d’un travail.

Les gardes à vue ont été fortement décriées ces derniers mois. Que vous inspirent les locaux que vous avez visités ?
Outre le nombre croissant et inquiétant de gardes à vue, nous avons été attirés par les conditions matérielles de leur déroulement. Est-ce qu’une personne qui a passé douze heures en garde-à-vue - c’est la moyenne - a le droit de se laver une fois sa nuit passée ? La réponse est non, et ce n’est pas acceptable. Je ne reviens pas sur la question de la nourriture et de la propreté des cellules, qui inquiètent. Donc, il y a beaucoup de chemins à faire.