Alors que quatre syndicats de France Télécom viennent de signer un accord sur le stress, Jean-Denis Combrexelle a répondu à Metro sur les orientations prises par la politique du travail.
 

Le gouvernement a lancé une troisième campagne de prévention des troubles musculo squelettiques (TMS), première maladie professionnelle en France. Des mesures contraignantes pour les entreprises sont-elles prévues ?
Non. Il y a un objectif de réduction des maladies professionnelles, à la tête desquelles les TMS, que l’on compte atteindre par la pédagogie. Il faut faire comprendre que les TMS sont à la fois une question sociale, puisque cela paralyse la vie de nombreux salariés, et économique puisque cela a un impact sur le bon fonctionnement de l’entreprise. Parmi toutes les maladies professionnelles, les TMS présentent la marge de manœuvre la plus élevée. En effet, ils peuvent être partiellement résolus par une meilleure organisation du travail et un aménagement des postes de travail.

Les TMS ne sont pas sans rapport avec la pénibilité au travail et les troubles psychosociaux…
Oui car la mauvaise organisation d’un poste de travail peut être cause de TMS, d’accidents du travail et de troubles psychosociaux. Les risques psychosociaux sont une question importante. Mais je rappelle que la première cause de suicide n’est pas le travail, c’est le chômage. Il me parait néanmoins essentiel que ces questions du stress et de la souffrance soient abordées dans le cadre des négociations collectives internes à chaque entreprise.
Et chaque entreprise en fonction de sa taille, de la nature de son activité, de son mode de relations professionnelles, doit lui apporter une réponse particulière. C’est pour cela qu’on ne fait pas de réglementation générale sur le stress, même s’il existe des dispositions générales concernant les risques psychosociaux.
Le Plan Santé au travail 2010-2014, que le ministre du Travail doit présenter aux partenaires sociaux le 11 mai, fait le lien entre ces différentes formes de questionnement liées à la santé et la sécurité au travail. Il faut avoir une vision large des choses.

Justement, élargissons la vision. Pour lutter contre le stress et la souffrance au travail, suffit-il selon vous de prendre quelques mesures internes aux entreprises ou faut-il plutôt repenser le management global ?
Je me méfie des grandes réformes en matière de management. Quand on parle de risques psychosociaux ou de TMS, je trouve qu’il serait assez démobilisateur de se lancer dans des transformations profondes du travail. Parfois, des microdécisions bien adaptées, très pratiques et très simples, prises par les chefs d’entreprise, suffisent pour améliorer sensiblement les conditions de travail. Ne considérons pas que la réponse, en France, en matière de TMS et de risques psychosociaux, passe par une révolution totale de l’organisation de l’entreprise. Pas besoin de grandes révolutions. La réponse est dans la négociation collective. C’est tout le sens des réformes actuelles.