Quelle est votre fonction à bord de Tara ?
Je suis docteur en biologie marine, spécialisé dans l’écologie des barrières de corail. J’ai été diplômée de l’Université de Miami en 1995 et je travaille au Kenya depuis. Je suis sur Tara en tant que scientifique de l’océan Indien et je collecte les données pour les comparer aux autres sites que j’étudie dans l’ouest de l’océan Indien (Afrique de l’Est, îles).

Tara est en mission Corail. Quelle est la différence par rapport aux recherches sur le plancton ?
C’est beaucoup plus manuel. Les recherches sur le plancton impliquent de collecter des plantes et des animaux avec des filets, de mesurer les propriétés physiques et chimiques des océans. C’est beaucoup de recherche fondamentale, alors que sur le corail, on travaille plutôt sur les problèmes pratiques liés à la pêche, à la pollution ou aux impacts de l’homme.

Comment organisez-vous les plongées ?
Nous sélectionnons des sites au début du voyage. Le jour même, nous sommes sous la supervision des plongeurs de tara, qui s’assurent des conditions de sécurité, du bon état du matériel et qui nous emmène sur les sites de plongée. Une fois dans l’eau, nous avons chacun des missions différentes : collecter des coraux pour les études taxonomiques et physiologique, mesurer la taille des coraux pour comprendre la structuration du récif, compter et estimer la taille des poissons pour évaluer la biomasse du récif, enregistrer des indicateurs de la santé du récif et de sa résilience. Nous travaillons en équipe, donc nous devons nous déployer sur le site d’étude afin de ne pas se gêner. Chaque plongée dure environ une heure.

Quel type de matériel utilisez-vous ?
J’identifie et je compte les coraux, donc j’ai juste besoin de feuilles imperméables, d’un crayon, d’une corde de 25 mètres et d’un bâton d’un mètre pour déterminer une zone d’échantillonnage. Je fais attention à bien l’attacher et à ne pas frotter les coraux en m’approchant. J’utilise aussi une caméra numérique. La plupart de mon travail est de l’observation puis de l’analyse de données sur l’ordinateur.

Avez-vous une formation spécifique pour la plongée ?
Après des entraînements standard pour plonger de manière sûre, on apprend à travailler le plus efficacement possible en respectant le temps imparti et la sécurité. Le plus difficile est d’apprendre à s’adapter aux conditions (mer agitée, froide, endroits difficiles d’accès) et de continuer à collecter des données calmement. Je plonge depuis vingt-cinq ans, et je me sens plus en sécurité sous l’eau que lorsque je traverse la rue d’une grande ville.

Qu’étudiez-vous à partir de vos observations ?
Je travaille sur la résilience des récifs de coraux, particulièrement à la façon dont ils sont affectés par le réchauffement climatique, la pêche, la pollution… et comment ils se reconstruisent après la mort des coraux. J’ai déjà été à Djibouti en 1998, et en dix ans, la situation reste stable, ce qui est bien. Les récifs n’ont pas été impactés par un grand blanchissement lié au réchauffement des températures.
 

Retrouvez l'expédition au jour le jour sur le site Internet de Tara.