Aujourd'hui, les classes moyennes paient pour les plus favorisés et les plus modestes font les frais de la crise. Ca ne peut plus durer!
Bonjour, je suis prêt à répondre à toutes les questions qui me seront posées sur mon livre "Droit d'inventaires" ou sur tout autre sujet.
Clio : Bonjour. Pourquoi ce droit d'inventaires maintenant ?
Avant de faire un inventaire, j'étais dans la responsabilité du Parti Socialiste pendant 11 ans, et je considère qu'après tout ce temps j'avais un compte-rendu de mandat à dresser, des leçons à tirer et des propositions à faire.
Blum : Pour que le PS aille bien, il faut qu'il travaille et ait un chef, semblez vous écrire... Euh, on en est loin aujourd'hui, non ?
On est encore à deux ans et demi du but. Ca peut paraître loin, je considère que c'est court. C'est la raison pour laquelle je suis favorable à ce qu'après les élections régionales nous lancions le processus des primaires et que nous établissions avec les Français un contrat pour 2012, je l'appelle le contrat de l'après-crise. Car il ne sera pas permis d'échouer cette fois-ci. Je veux dire par là de perdre l'échéance présidentielle ou en cas de victoire, de ne pas tenir nos engagements.
Sego : À quoi attribuez-vous les difficultés du PS aujourd'hui ? Après 11 ans à sa tête quelles sont vos responsabilités ?
J'ai quitté le Parti Socialiste après une grande victoire, celle des élections municipales et cantonales de mars 2008 mais aussi après notre défaite de la présidentielle de 2007. J'ai maintenu l'unité du Parti Socialiste, ça n'a jamais été facile. J'ai tâché d'être constant dans mes positions et de ne pas fluctuer selon l'air du temps. J'ai évité le dénigrement et la contrition. Je reconnais bien volontiers, que ce qui manque aux socialistes, c'est de la cohérence et de la clarté. Dans ce livre "Droit d'inventaires", je les appelle clairement à assumer leur identité, à avoir une vision: la réussite pour tous et à ne pas multiplier les promesses et les propositions car la dette que va nous laisser Nicolas Sarkozy doit nous obliger à établir des priorités et à être sélectif.
Blum : Il faut engager le débat sur la fiscalité avec la droite ne cessez vous de proclamer, mais vous proposez quoi, quelle redistribution ? Quelle orchestration des prévelevements ? Quid des faveurs fiscales ?
Oui je considère que la fiscalité révèle une conception de la société. Je résume ça par la formule: "dis moi quels sont tes impôts je te dirai dans quel pays tu vis".
Nicolas Sarkozy en baissant les impôts des plus favorisés a commis deux fautes, l'une contre l'esprit de justice, l'autre contre la préparation de l'avenir puisque notre dette et nos déficits atteignent des records. La moitié de nos dépenses publiques chaque année sont financées par emprunt.
Je propose donc non pas des accommodements en matière de fiscalité mais une profonde réforme. Supprimer toutes les niches fiscales, déduction, exonérations, bouclier, pour appréhender l'ensemble des revenus du travail et du capital et les soumettre à des taux modérés mais progressif. Ce sera plus lisible, plus équitable, plus efficace. Je fais la même proposition pour appréhender les patrimoines et pour taxer les facteurs de pollution plutôt que les facteurs de production.
J'assume la confrontation fiscale car quand on regarde de près la politique de N. Sarkozy elle revient toujours à des mesures fiscales. Il faut donc prendre la droite sur ce terrain.
Bobo : Pourquoi ne vous êtes-vous pas présenté en 2007 ? Vous en aviez la légitimité. Vous vous êtes sacrifié pour qui, le PS, Ségolène ?
Je reviens sur ce moment dans mon livre et j'explique que comme Premier Secrétaire je ne pouvais pas être un candidat de plus. Il eut donc fallu que tous ceux qui prétendaient à l'investiture puissent accepter de se ranger derrière ma candidature. Tel n'a pas été le cas. Et déjà on me parlait de sondage et d'opinion. Aujourd'hui je suis libre et conscient de ma responsabilité.
sect75 : Que dites-vous des sondages qui donnent DSK gagnant en 2012 ?
C'est toujours mieux d'avoir de bons sondages que de mauvais. Et souvent mieux vaut être loin que trop près. Mais ce qui compte, ce n'est pas le sondage d'un moment, c'est le vote des Français.
sect75 : Vous même allez-vous vous présenter en 2012 ?
J'ai déjà dit que je me préparais. Mais j'ajoute dans mon livre que je me poserai au moment de l'ouverture des primaires une seule question: y en a t il un autre qui comme candidat peut gagner et comme président réussir?
Lolo : D'ou vient votre optimisme pour les régionales ?
Je ne verse pas dans la béatitude, j'ai appris à me méfier des pronostics. Mais je constate que le bilan de nos Présidents de Région est apprécié, que la droite a retenu ses Ministres ou que ceux-ci eux mêmes se sont défilés pour être candidat. Et qu'enfin les Français veulent des Régions qui puissent les protéger, les préparer, les prémunir d'une droite toute puissante. En revanche, j'ai une inquiétude, que la gauche se disperse au premier tour, qu'elle s'épuise dans une compétition inutile et qu'elle se fragilise au lieu de se renforcer par cette concurrence. C'est pourquoi je veux que le Parti Socialiste soit fort dès le premier tour pour permettre le rassemblement le plus large autour de lui.
Rosa : Quelles formes de primaires défendez-vous, celles ouvertes à tous ou aux seuls militants ? Et quand devront-elles avoir lieu ?
Les primaires doivent avoir comme but de désigner le candidat ou la candidate socialiste. Car je ne vois pas comment il sera possible - hélas - de présenter un candidat unique de la gauche. Elles doivent donc être ouvertes aux électeurs socialistes. Etre simple dans leur déroulement avec deux tours comme pour toute élection. Et avoir lieu fin 2010 ou début 2011.
Royal2012 : Vous avez tendu la main à François Bayrou il y a peu. Allez-vous un jour vous prononcer clairement pour une alliance (aux 2nd tours) avec le Modem comme on le fait avec les Verts ?
Dialoguer me paraît la moindre des choses dans une démocratie surtout avec une personnalité ou un parti qui aujourd'hui se situe dans l'opposition. Et je suis prêt à confronter mes propositions avec qui le voudra pour établir les convergences ou identifier les divergences afin de préparer l'alternance. Quant aux alliances de second tour ma proposition est très simple: que ceux qui veulent nous rejoindre sur la base de nos propositions soient les bienvenus.
CharlesPasqua : Êtes-vous devenu le meilleur ami de Jacques Chirac ?
J'ai été pendant presque 10 ans son plus tenace opposant. Je ne l'ai ménagé ni comme Président du RPR, ni comme Président en cohabitation, ni comme Chef de l'Etat pendant 12 ans. Je suis sévère sur son bilan mais je respecte l'homme. Et j'ai en commun avec lui la Corrèze et une certaine conception des rapports humains. Je ne me plains pas des compliments éventuels qu'il peut m'adresser. En politique ça ne se refuse jamais.
Abel : Qu'est-ce qui vous choque le plus chez Sarkozy aujourd'hui ?
C'est sa politique qui consiste à favoriser les plus privilégiés par des cadeaux fiscaux tout en dénonçant les excès de l'argent. Et c'est sa méthode qui consiste à faire du bruit, à multiplier les annonces, à répéter les discours, à saturer l'espace public, pour organiser le débat autour de sa seule personne. La meilleure façon de lui répondre c'est de se situer sur ses résultats et d'avancer nos propres propositions, voire de créer nos évènements. Car même quand on le critique, il considère qu'il a gagné la partie puisqu'on parle encore de lui.
Zulma : A force d'être l'homme de la synthèse comme Premier Secrétaire ne pensez-vous pas avoir bridé une nécessaire refondation ?
Oui, j'assume. J'ai pendant 10 ans dans des moments difficiles et notamment le 21 avril 2002, comme après les divisions sur le référendum européen, privilégié la synthèse, parfois au détriment de mes propres positions, c'est la fonction de Premier Secrétaire tel que je la conçois. Avec le Congrès de Reims, certains ont voulu prendre le contre pied de cette méthode. Et bien après avoir essayé la division - et avec quel "succès" - je recommande de revenir à la synthèse.
Anna : Si Sarkozy fait avec Besancenot ce que Mitterrand a fait avec Le Pen... comment le PS pourra t'il gagner en 2012 ?
Sarkozy avait eu l'indélicatesse de m'en faire l'aveu lors d'un déplacement qui nous ramenait du Liban avec l'ensemble des chefs de parti. D'abord je ne confonds pas l'extrême gauche avec l'extrême droite. Ensuite je fais confiance à l'électorat de la gauche de la gauche pour ne pas par pureté ou antisocialisme préférer la droite dure à la prétendue gauche molle. Enfin, la meilleure façon de conjurer la manœuvre, c'est d'éviter la dispersion des suffrages. C'est pourquoi lorsque j'affirme la nécessité d'avoir un Parti Socialiste fort ce n'est pas pour écraser ses partenaires, c'est pour permettre la victoire de tous.
Chic : Vous semblez bien critique à l'égard de Fabius, de Montebourg... dans votre livre, pourquoi ne pas le dire franchement maintenant...
Je ne suis pas dans le règlement de comptes. Et mon livre n'est pas un recueil de phrases assassines ou de rancunes tenaces. J'ai mieux à faire. C'est à dire, mettre les Socialistes devant leur responsabilité, celle d'être cohérent, constant, lisible. La force d'une famille politique ce n'est pas le débat qui règne en son sein, c'est la clarté et le respect de la position qui est prise. Et c'est d'y avoir manqué que nous avons pu connaître l'échec.
Pino : La rigueur, le redressement, la discipline... C'est avec ces mots que vous voyez une éventuelle sortie de crise, mais aurez-vous, vous ou le PS, le courage d'en faire votre programme ?
Oui, la crise et surtout, la sortie de la récession, avec le poids des déficits, la dégradation de la compétitivité, la mise en faillite de notre sécurité sociale oblige à faire des choix courageux. C'est le contrat d'après-crise que je propose autour de trois pactes: productif, redistributif et éducatif. La question n'est pas de savoir si on peut ou pas augmenter les impôts, mais plutôt de savoir quels prélèvements augmenteront et qui les paiera. Je suggère de dire la vérité. Et d'appeler à une vraie justice dans la redistribution et la répartition de l'effort. Aujourd'hui, les classes moyennes paient pour les plus favorisés et les plus modestes font les frais de la crise. Ca ne peut plus durer!
Sego : Quel est votre principal regret de ses 11 ans comme Premier Secrétaire ?
Avant 2002, c'est de ne pas avoir convaincu Jospin au moment de l'inversion du calendrier de provoquer une réunion de la gauche plurielle pour une candidature unique à la présidentielle. Et après 2002, c'est de ne pas avoir sanctionné ceux qui en 2005 et notamment Mélenchon ont manqué à toute discipline et au respect du vote des militants pour faire campagne pour le non.
Jospin : Vous faites quoi depuis un an ?
Je suis au Parlement et je Préside le Conseil Général de la Corrèze. Mais j'ai utilisé cette période de retrait et de réserve pour réfléchir aux leçons à tirer de ces dernières années et aux propositions à faire pour être prêt à gagner en 2012. Mais je n'ai pas fini.
Jojo : La poste au Sénat ce week-end, la réforme des collectivités territoriales demain... La droite opère un démaillage général (notamment en ce qui concerne les modes de scrutin territoriaux et le démantèlement de la décentralisation) qui risque d'achever de démolir la gauche et l'opposition. Aujourd'hui malgré l'obstruction parlementaire, seul recours pour faire entendre une voix d'opposition, ne craignez-vous pas que la majorité s'assure une durabilité aux affaires contre laquelle l'opposition ne peut vraiment pas grand-chose ?
Oui, c'est un risque majeur. La droite crée de l'irréversible. Elle privatise La Poste, elle détricote la décentralisation, elle invente des modes de scrutin en sa faveur, elle organise des groupes industriels ou bancaires en y plaçant ses amis. Mais j'ai appris que le suffrage universel et la meilleure des armes et que rien ne lui résiste car il incarne une volonté humaine. La droite a sûrement plus de moyens qu'hier pour arriver à ses fins, et N. Sarkozy ne s'embarrasse pas de préjugés ou de tabous. Il fonce, sabre, tranche, mais il peut être aussi victime de ses emportements, de ses excès, de ses écarts. Je fais confiance dans la démocratie, elle peut être parfois brimée, bafouée, bousculée, l'Histoire montre qu'elle fait preuve d'une belle résistance.
Produ : Quels sont vos rapports avec Martine Aubry vous qui souteniez Delanoë ?
J'ai soutenu B. Delanoë au Congrès, car j'ai pensé qu'il ferait un bon Premier Secrétaire. Finalement c'est M. Aubry dans les conditions que l'on sait qui l'a emporté. Je veux surtout, ne rien faire qui puisse lui compliquer la tâche.
Royal2012 : Pourquoi 18 mois avant de faire un congrès après les Présidentielles ? C'est de la perte de temps face au système Sarkozy qui s'est installé (durablement).
Faire un Congrès immédiatement après la Présidentielle eut été faire pire que Reims car tous les ingrédients de la division étaient déjà réunis. J'ai donc préféré rassembler les Socialistes pour préparer les Municipales de mars 2008 et renvoyer le Congrès après. Et je pense que j'ai eu raison vu le résultat excellent des premières et piteux du second.
Chic : Pas franchement le grand amour donc avec Martine.... Vous voyez qui au PS ?
Moi je soutiens toujours le Premier Secrétaire. C'est un principe que j'aurais voulu que d'autres s'imposent quand j'étais dans cette responsabilité. Mais je vois au PS tous ceux qui veulent travailler sans préjugés et sans œillères, et ils sont très nombreux.
Primaires : Le temps de votre pleine affirmation n'est-il pas venu ?
Oui. Non pas que comme Premier Secrétaire je n'étais pas moi-même. Je ne suis pas comme Sarkozy qui prétend tous les 6 mois avoir changé et qui hélas ressemble toujours au Sarkozy d'avant. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui je suis dans l'affirmation de mes idées, fort de l'expérience que j'ai acquise, conscient de mes atouts, lucide sur ce qu'il me reste à accomplir et toujours soucieux de l'intérêt général de la gauche. A moi d'en convaincre les autres.
produ : L'alliance Mélenchon, NPA, PC ne vous fait-elle pas peur ?
Visiblement, ils se font peur à eux-mêmes puisqu'ils n'y arrivent même pas. Et quelle en est la raison ? C'est que le NPA aime tellement l'union qu'il veut la construire contre le Parti Socialiste.
Jodpin : Pensez-vous que Ségolène soutienne votre candidature ?
Je ne suis pas encore candidat.
Primaires : Quels sont vos souvenirs de la chute du mur ?
Plus précis que ceux de Nicolas Sarkozy. J'étais chez moi, l'oreille collée à la radio, et surpris de la soudaineté d'un mouvement que l'on imaginait même pas possible quelques heures plus tôt. L'Histoire obéit à des lois mais elle se déclenche de manière imprévisible. Le mouvement est certain mais le moment lui est toujours improbable. Le système soviétique devait s'effondrer, sûrement, mais personne n'était capable de dire quand. Et c'est toujours le peuple qui décide.
Maxos Le Pakos : La valeur cardinale de la Gauche à la dernière présidentielle était l'égalité. Cette valeur cardinale a perdu face à celle de la droite... imbattable de la liberté... Que peut-on imaginer pour la prochaine fois?
L'égalité reste avec le progrès la valeur principale de la gauche. Un philosophe a même parlé d'étoile polaire. Elle n'est pas contradictoire avec l'individu, la réussite et encore moins la liberté. C'est précisément la conjugaison de la promotion de chacun avec le progrès pour tous qui fait l'identité du socialisme en ce début de siècle. Et puisque la droite veut faire un débat de l'identité nationale, nous devons relever le défi et revenir au récit de la République, lui-même issu de la Révolution française. C'est l'accomplissement de la liberté et de l'égalité des destins qui fondent encore notre vision de l'avenir. Et si je veux donner une conclusion à notre entretien, c'est précisément la confiance dans le progrès. Ce n'est pas vrai qu'il y ait un âge d'or dans le passé. Il faut se méfier des nostalgies, des regrets, des fatalismes. Il faut toujours penser aux étapes suivantes qui ouvrent de nouveaux espaces, de nouveaux progrès, de nouveaux droits. Et l'élection présidentielle de 2012 sera autant une confrontation sur les valeurs, que sur des propositions précises susceptibles d'améliorer la vie quotidienne. Merci à tous.






















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