Quel islam prônez-vous?
Un islam de paix, qui est l'islam universel. Mais je souhaite développer un islam de France, différent de l'islam qui se propage dans les caves et les hangars et qui est un islam extrémiste géré par des ambassades étrangères et par des tendances sectaires. L'islam de France n'est pas un islam qui va modifier le Coran, ou légaliser le porc. C'est un islam basé sur les citoyens qui veulent travailler pour l'avenir de leurs enfants et pour un mieux vivre ensemble. C'est un islam qui respecte les valeurs de la République, qui refuse la burqa et dit non à la polygamie. Parce que c'est contraire à la loi française mais aussi à l'islam, qui n'a jamais voulu isoler la femme et l'écarter de la société. Certains disent qu'on n'a pas besoin d'une loi pour 2000 femmes qui portent la burqa. Mais même pour protéger une seule femme contre les sectes et leurs dérives, il faut une loi.
Cet islam que vous défendez, est-ce l'islam majoritaire en France?
Oui, c'est l'islam de la majorité silencieuse. Mais l'islam qui règne dans certains lieux de prière est autre, extrémiste, radical. Et il embrigade de plus en plus de jeunes, sur fond de montée du racisme et de la haine à l'égard de l'islam. Pour le moment, les musulmans radicaux sont minoritaires, mais cette minorité nuit déjà. Et elle risque de devenir majoritaire si on ne réagit pas.
Comment expliquez-vous cette montée du radicalisme?
Il y a les problèmes sociaux, concentrés dans certains quartiers. Il y a aussi l'ignorance des jeunes fidèles, qui voient l'islam comme une idéologie et non comme une religion. Or les gens ignorants sont facilement manipulables. Les islamistes, notamment les salafistes et les Frères musulmans, très présents au sein de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France, ndlr), en profitent. L'autre problème, c'est que le CFCM (Conseil français du culte musulman, ndlr), dominé par l'UOIF, ne tient pas son rôle de promotion et d'enseignement de l'islam modéré.
Vous dites que les musulmans ne sont pas considérés comme des citoyens comme les autres. Pourquoi?
La reconnaissance de l'islam comme deuxième religion de France est récente, et pas encore acquise. Ensuite, l'aménagement des lieux de prière dans des locaux poubelle ou des caves n'est pas digne. Et les musulmans souffrent de nombreux amalgames entre terrorisme, islamisme et islam: un musulman, c'est Ben Laden; un arabe, c'est un voleur. Le travail de l'imam, c'est d'aller vers l'autre avec un verre de thé et un sourire, pour discuter.
Justement, vous dites que la formation des imams pose problème en France...
La laïcité est une bonne chose. Mais l'interdiction qu'a l'Etat de se mêler des affaires religieuses a pour effet pervers que des puissances étrangères gèrent des lieux de prière sur le territoire français et y parachutent des imams radicaux. Il faut former des imams de France, qui sont allés à l'école républicaine et qui en partagent les valeurs. Je propose que l'on crée une fondation qui récupère les fonds levés par le commerce du halal et les pèlerinages, pour financer les mosquées et former les imams.
Que dites-vous aux jeunes tentés par un islam extrême? Comment empêchez-vous leur radicalisation?
Par le savoir, le dialogue. C'est l'ignorance qui les pousse à la radicalisation. C'est pour cela que je défends la création d'une radio, Salam FM, qui serait la voix des imams modérés. Ils répondraient aux nombreuses questions que se posent les jeunes musulmans. Le but n'est pas que la religion envahisse les cités mais prenne des coeurs, apprenne la douceur, l'autorité, le dialogue, notamment avec les autres religions. En France, il n'y a que des sites web de sectes et des paraboles qui nous bombardent de discours extrémistes et haineux.
Le dialogue inter-religieux est au coeur de la mission que vous vous êtes fixée en tant qu'imam...
Je suis l'imam de Drancy, une ville de déportation, une tache noire dans l'histoire de France. Là plus encore qu'ailleurs, il faut éviter le conflit avec les juifs et s'ouvrir au dialogue. Et ce malgré les provocations des Frères musulmans, qui utilisent le conflit politique israélo-arabe comme fonds de commerce pour attirer les jeunes.
Vos positions contre la burqa, l'UOIF et les salafistes vous ont valu beaucoup d'ennuis, à vous et aux fidèles de la mosquée de Drancy. Quel est le climat aujourd'hui?
Le calme règne depuis juillet, depuis que le préfet a interdit au collectif cheikh Yassine (de la mouvance des Frères musulmans) d'approcher la mosquée. Pendant des mois, ils ont perturbé la vie de la communauté, agressé et insulté des fidèles, pris en otage la mosquée qu'ils ont appelé à détruire. Ces fanatiques ont aussi appelé à ma mort sur Internet, en me qualifiant notamment de "tête de sioniste". Depuis janvier, je vis entouré de gardes du corps. Aujourd'hui, les fidèles ont repris confiance. Mais les pouvoirs publics ont trop tardé pour être fermes. Cette lâcheté du pouvoir nourrit les intégrismes. Et le silence du CFCM le rend coupable de complicité. Je suis un homme révolté, qui n'accepte pas la situation actuelle. Ma femme me soutient dans mon projet. Je suis imam. Le bled de mes enfants, c'est ici. Et je veux leur construire un avenir serein.
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