Si Angela Merkel n'avait pas accepté de soutenir le plan d'aide européen à la Grèce, la France serait-elle sortie de la zone euro ? En tout cas, c'est la menace qu'aurait brandie Nicolas Sarkozy selon le premier ministre espagnol, Jose Luis Zapatero, comme le rapporte le quotidien El Pais daté de ce vendredi.
Un journal réputé pour être proche des socialistes au pouvoir en Espagne, et qui affirme que M. Zapatero a évoqué le chantage de Nicolas Sarkozy lors d'une réunion avec des barons de son parti, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui s'est tenue mercredi à Madrid. Une information démentie par un porte-parole du gouvernement espagnol dans la journée.
Vendredi dernier, le président de la République aurait donc notamment déclaré ceci : "Il faut un engagement de tous, pour que tout le monde aide la Grèce, chacun selon ses moyens, ou la France réexaminera sa situation dans l'euro." Des propos répétés par le premier ministre ibérique qui ont ensuite transmis à El Pais par un responsable non identifié par le journal.
"Bras tordu"
Les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone monétaire européenne s'étaient réunis la semaine dernière pour entériner un plan d'aide à la Grèce à hauteur de 110 milliards d'euros sur trois ans. Un prêt assuré conjointement par l'eurozone et le Fonds monétaire international (FMI) auquel la chancelière allemande a longtemps été hostile.
La réticence allemande a d'ailleurs failli faire capoter ce plan, au point que Barack Obama lui-même a dû intervenir pour convaincre Mme Merkel. Nicolas Sarkozy a donc lui aussi dû aller au charbon, d'une manière assez peu orthodoxe au regard du fonctionnement habituel des instances européennes. Ce que raconte à sa manière un autre collaborateur de Jose Luis Zapatero : "Sarkozy a tapé du poing sur la table et menacé de se retirer de la zone euro, ce qui a tordu le bras d'Angela Merkel."
Et si ?
Le président français est donc parvenu à ses fins, avec l'adoption du plan d'aide, mais à quel prix ? C'est de notoriété publique, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont toujours eu des relations assez froides. Cet épisode risque de les détériorer sévèrement. Et au-delà de ce seul cas de figure, on est en droit de se demander ce qui se serait passé si la chancelière allemande avait été moins raisonnable, en partant au clash.
Un risque tout de même un tant soit peu calculé par le président français, qui avait pris le soin d'assurer ses arrières, comme le confirme un autre témoin de la réunion : "La France, l'Italie et l'Espagne ont fait front commun face à l'Allemagne et Sarkozy en est arrivé à menacer Merkel de rompre le traditionnel axe franco-allemand." Mais peut-être Nicolas Sarkozy a-t-il désormais dans l'idée de créer un nouvel axe, celui des pays très fragilisés par la détérioration de leurs finances publiques. Et qui pourraient, eux aussi, avoir un jour besoin d'un plan d'aide.



































