Si la plaisante traversée vers le Frioul a exalté les touristes pendant des années, les arrière-cuisines des navettes maritimes qui les embarquaient risquent d'apparaître beaucoup moins ragoûtantes ce matin devant le Tribunal de grande instance de Marseille.

Une double billetterie

Les anciens propriétaires du GACM, l'exploitant des navires, André Pipolo, ses fils Auguste et Gabriel, René et Paul Crescioni, ainsi qu'un commissaire aux comptes Alexandre Heurtier Richetti, comparaîtront devant la 6e chambre correctionnelle pour des faits d'abus de biens sociaux, abus de confiance, travail dissimulé, associations de malfaiteurs ou blanchiment. Au coeur des investigations, une double billetterie mise en place aux guichet des navettes qui aurait permis aux Pipolo et aux Crescioni de détourner près de 16,4 millions d'euros en 10 ans et d'accumuler « un patrimoine considérable au regard de leurs revenus officiels »selon la justice. Pour l'accusation, les intéressés " se sont constitués un empire qui a trouvé son fondement sur des pratiques mafieuses(...) en usant de fraudes fiscales (...) au travers des nombreuses sociétés qu'ils gèrent ou en exploitant leur personnel".

Portrait à charge

Un portrait à charge de la famille Pipolo qui sera vigoureusement contesté par leur avocate Me Catherine Martini. « Il y a eu des difficultés » dans la gestion et « une accumulation de maladresses » mais « pas d'intentions frauduleuses ». «On veut leur faire porter un chapeau trop grand (...) car on a voulu absolument se débarrasser d'eux ». Dans quel but ? Les avocats de la défense ne manqueront pas de rappeler que Veolia avait hérité de la desserte des îles après la chute de la maison Pipolo en 2006.