Le Japon a annoncé officiellement que la Chine lui avait succédé à la place de deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis. Une croissance souvent perçue du côté occidental comme la menace du "péril jaune". Françoise Nicolas, directrice du Centre Asie à l'Institut français des relations internationales et spécialiste des économies asiatiques, a accepté de nous fournir son analyse de la situation.
Fallait-il s'attendre à ce que la Chine supplante si vite le Japon à la place de deuxième économie mondiale?
Oui, c'était prévisible, et ça ne devrait pas surprendre en raison du poids démographique de la Chine. Il n'est pas étonnant que 1,4 milliard d'habitants produisent plus que 130 millions de Japonais. C'est la situation antérieure qui est surprenante où, avec une population aussi importante, elle ne parvenait pas à peser plus lourd sur l'échiquier économique international. Le facteur démographique, combiné à une forte croissance, expliquent cette montée en puissance.
On débouche sur une réalité incontournable: la Chine est une puissance économique en développement. Certes, on doit compter avec elle, mais elle a une caractéristique fondamentalement différente par rapport aux autres puissances économiques: elle est encore relativement pauvre, elle fait partie des pays à revenus intermédiaires inférieurs. C'est une situation sans précédent. Habituellement, les nouveaux venus sur la scène économique internationale sont des pays riches. Ils voient leurs poids économique s'accroître, mais aussi leurs richesses, et ce n'est pas le cas de la Chine.
Quels sont les moteurs de l'économie chinoise?
Ce sont les investissements, le fait de l'Etat principalement, et les exportations. C'est un modèle économiques très tourné vers l'extérieur. La consommation intérieure n'est pas un moteur majeur, c'est pourquoi on a une économie qui parvient à croître bien que sa population reste majoritairement pauvre. A ce propos, je ne pense pas que cette nouvelle situation économique change quoique ce soit pour la population : elle manifeste ses revendications et elle continuera à le faire.
Et quelles sont les faiblesses de ce modèle économique?
Il y a le gros problème des inégalités, avec des poches de pauvreté et de surprospérité. Cela engendre des tensions sociales, qui représentent un gros risque pour l'économie chinoise. De plus, c'est une économie qui dépend largement de l'extérieur: elle n'a pas su développer un modèle de croissance auto entretenu et relativement pérenne. Au niveau international, la difficulté pour les dirigeants est de mettre en ligne leur nouveau statut et leur comportement. Ils doivent accepter les responsabilités qui leur incombent. Il va être difficile de jouer sur les deux tableaux: on est à la table des grands, mais on profite aussi des dérogations des puissances en développement. Je pense principalement aux mesures de protection de l'environnement. Il faut savoir: on est un grand ou on ne l'est pas.
La Chine va-t-elle dépasser les Etats-Unis?
Tout dépend de la mesure que l'on prend. A point de vue économique, la Chine va obligatoirement devenir la première puissance économique mondiale du fait de sa population. Cela ne veut pas dire pour autant que cela sera une puissance tous azimuts. Ce n'est pas pour cela que, technologiquement par exemple, elle sera la première. La Chine n'est leader dans aucune technologie innovante aujourd'hui, elle n'est importante qu'en raison de sa population. Il y a un certain nombre de considérations à prendre en compte pour être une puissance, le PIB n'est pas tout, et la Chine ne possède pas encore ces atouts.

















































