Leur combine aura duré plus de quinze ans avant que l'affaire n'éclate au grand jour. Trois personnes font l'objet de poursuites en Allemagne pour avoir écoulé au moins trente-cinq tableaux, imitations parfaites de peintres expressionnistes et surréalistes.
Wolfgang et Hélène Beltracchi, ainsi que la soeur de celle-ci, Jeannette S., sont accusés d'avoir créé de toute pièce deux pseudo-collections ("Jägers" et "Knops") pour revendre de faux tableaux à travers toute l'Europe pendant une quinzaine d'année pour un montant évalué entre 30 et 85 millions d'euros. Leur subterfuge a été démasqué le 27 août 2010 après la plainte de galeristes suisses lésés, dont la galérie genévoise Artvera’s, précise LeMatin.ch.
Les faussaires auraient "inventé" des oeuvres de Fernand Léger, Heinrich Campendonk, Max Ernst, Raoul Dufy ou encore André Derain. C'est l'absence de certificat d'authenticité des auteurs du catalogue raisonné des différents artistes qui a mis la puce à l'oreille. Suite à cette incohérence, une analyse scientifique a été demandée sur l'oeuvre d'Heinrich Campendonk, "Rotes Bild mit Pferden", qui avait atteint un prix record pour l'artiste lors de sa vente par la maison Lempertz, à Cologne.
L'analyse scientifique révèle que parmi les pigments de la peinture, l'un deux - le blanc de titane - n'était pas utilisé en 1914. Il ne le sera que plus tard. C'est ce grain de sable qui a permis de mettre au jour l'ensemble du stratagème et de remonter jusqu'à l'auteur de cette imposture : Wolfgang Beltracchi. Commence alors une chasse aux oeuvres d'art appartenant à la "collection Werner Jäger". Au total, une trentaine d'oeuvres ont été saisies pour une expertise approfondie.
Toutes ont pourtant été authentifiées par les plus éminents spécialistes du genre et vendues aux enchères dans des maisons aussi réputées que Christie's (La Horde de Max Ernst pour 4,1 millions d'euros ou Bateaux à Collioure d'André Derain pour 2,4 millions d'euros, indique The Guardian). La difficulté est qu'il ne s'agit pas de simples copies de tableaux déjà existant mais de véritables créations "dans le style de".
Aujourd'hui, l'inquiétude gagne les principaux galeristes et maisons de vente aux enchères en Europe car ils craignent que cette affaire n'ébranle durablement le marché de l'art expressionniste et surréaliste. Mais leur priorité est d'abord d'authentifier les peintures suspectes, sous peine de devoir faire face aux plaintes des acheteurs lésés qui ont acheté un faux en pensant s'offrir une toile de maître.




































