Anin Naji, 34 ans, demandeur d'emploi
Vous proposez pour l'Ile-de-France un abonnement de transport unique à 65 euros. Comment comptez-vous le financer ?
C. D. : Tous les Pass Navigo actuels deviendront des Pass Vert à 65 euros. C'est 4,50 euros de plus pour un Parisien, mais ce dernier pourra se rendre partout en Ile-de-France. Il aura rentabilisé cet écart en sortant une fois par mois de sa zone. Ce n'est pas une mesure démagogique : les usagers franciliens payent en moyenne 72 euros leur abonnement. Le surcoût de la mesure sera de 152 millions d'euros. Sur un budget régional de 4,5 milliards, ce n'est pas très élevé. Etant donné l'intérêt de ce Pass, il suffit que 1,6% des habitants de l'Ile-de-France le prennent en plus pour que la mesure soit équilibrée. Elle permettra à ceux sont partis habiter loin de leur travail en raison du coût du logement d'éviter la double peine.
Anin
Vous voulez souscrire un emprunt de 500 millions d'euros pour rénover les RER. Pouvez-vous en dire plus ?
C. D. : La région paye chaque année près de 400 millions d'euros de frais financiers aux banques. Nous ne voulons plus souscrire de prêt auprès des banques ayant des filiales dans les paradis fiscaux. On peut travailler sur une structure un peu équivalente à France Trésor, l'organisme chargé d'aller emprunter directement sur les marchés pour le compte de l'Etat. En mutualisant les moyens des collectivités locales, on peut éviter une partie de ces frais financiers. Nous n'avons pas de problème avec l'emprunt lorsqu'il s'agit d'investir pour les transports en commun. C'est vrai que des efforts ont été faits sur la rénovation du matériel roulant. Mais en 2007, l'Etat et la région ont voté un contrat de projet, avec l'UMP, alors que le Verts s'y opposaient. Il nous semble que sur les transports, on est en retard. Nous voulons un effort significatif, en priorité sur les trajets de banlieue à banlieue.
Françoise Larivière, 47 ans, travaillant dans la mode
J'utilise les transports en commun, mais aussi la voiture le soir, qui est impossible à garer à Paris. Avez-vous des solutions ?
C. D. : A la fin des années 1930, Paris avait le réseau de tramway le plus développé au monde. On a démonté tout les rails, et vous voyez le bazar dès qu'on veut recréer une ligne de tramway. Dans les années 1970, la priorité a été donnée à la voiture: on a rétréci les trottoirs et élargi les voies de circulation, créant du même coup des embouteillages. Il faut des aménagements urbains permettant de fluidifier la circulation, pour que les gens utilisent le mode de transport qu'ils veulent, au moment où ils veulent. Nous sommes favorables à l'autopartage : une voiture à votre disposition en permanence et sans le stress du stationnement. Ce n'est pas le projet Autolib', qui prévoit qu'on dépose le véhicule à une borne et est limité géographiquement. L'idée est plutôt de pouvoir prendre cette voiture pour aller en grande couronne, et ensuite la ramener près de chez soi. Si nous sommes élus, nous rediscuterons du soutien régional au projet Autolib', dont l'intérêt est douteux pour les gens qui habitent au-delà des communes périphériques de Paris. Nous préférons investir pour aider les opérateurs d'autopartage à se rendre en banlieue.
Anin
La question des livraisons est un gros problème dans la capitale. Que pensez-vous de la solution du transport fluvial ?
C. D. : Nous voulons rénover et développer le frêt fluvial pour les livraisons de proximité. En Ile-de-France, il y a deux ports immenses mais sous-utilisés : celui de Gennevilliers et celui de Bonneuil. Ils sont desservis par voie ferroviaire et les livraisons de proximité peuvent être assurées par des petits camions électriques. La Seine a des capacités de transport énormes, y compris pour les passagers. Pour ces derniers, il faut favoriser des solutions simples, comme les navettes fluviales. Par exemple, dans le Val-de-Marne, la ligne D du RER passe d'un côté de la Seine, la ligne C de l'autre. Il n'y a aucun contact entre ces deux lignes. Dès maintenant, on pourrait mettre en service des navettes fluviales qui relient directement les deux rives, sans avoir besoin d'aller jusqu'à Paris-Austerlitz ou à Juvisy.
Françoise
J'habite dans un quartier calme du XIIIe mais en un an, plusieurs personnes âgées ont été agressées par des bandes. Quelle est votre conception de la sécurité et de la vidéosurveillance ?
C. D. : Dans les transports, le sentiment d'insécurité vient souvent du fait que les RER sont vides. Nous voulons mettre en place le billet à un euro à partir de 20 heures et le week-end, car il augmentera mécaniquement la fréquentation des trains le soir, et donc la sécurité. En outre, nous voulons que la région participe au recrutement de médiateurs dans les transports. Il y a encore quinze ans, le RER ne pouvait pas circuler en l'absence d'un agent de train. Aujourd'hui il n'y a que le conducteur, qui n'a pas le droit de sortir de sa cabine. Personnellement, je ne me sens pas protégée par une caméra de vidéosurveillance. A Paris, ce système coûte très cher et il n'empêche pas les délits de survenir. La ville qui a installé le plus de caméras, c'est Londres. Et ils sont en train d'en démonter, car les trafiquants les ont repérées et changent de lieu. La solution, c'est de remettre de l'humain. Dans les lycées, si vous avez un surveillant qui connaît les élèves, il peut leur parler. C'est la meilleure façon de réduire la violence. Ce n'est pas être naïve, c'est du pragmatisme. Enfin, il ne faut pas oublier que c'est sous le gouvernement de l'UMP qu'on a supprimé plus de 9000 postes de policiers et de gendarmes en France. Le gouvernement devrait admettre qu'il s'est planté en supprimant la police de proximité au profit de grosses opérations de police dans les quartiers.
Dalila Sghaier, 32 ans, secrétaire
C. D. : Que proposez-vous pour atteindre votre objectif de 10% de déplacements à vélo en Ile-de-France d'ici à 2020 ?
Nous voulons d'abord équiper les gares d'Ile-de-France en parkings sécurisés. Financièrement, le coût est raisonnable. Ensuite, nous allons travailler sur les aménagements urbains. Les accès à Paris depuis la banlieue sont extrêmement difficiles. Troisièmement, nous voulons travailler avec les communes pour leur proposer notre expertise. Souvent, les techniciens n'ont pas été formés aux pistes cyclables. J'ai une collection de photos extraordinaires avec des pistes qui passent de part et d'autre d'un lampadaire. Nous voulons enfin travailler avec les élus sur le ramassage scolaire à vélo, très utile en moyenne et grande couronne : il s'agit du bus cycliste, qui accompagne des enfants à vélo jusqu'à l'école. Cela apprend aux enfants la pratique du vélo, ça les distrait, c'est bon pour leur santé et c'est utile pour éviter les déplacements polluants des voitures en ville. Nous proposons un "chèque vélo" de 150 euros pour les élève de seconde et les jeunes en apprentissage. S'ils ont accès au vélo, vous pouvez imaginez l'effet de masse que cela peut entraîner.
Jean-Christophe Doublier, 37 ans, responsable plateforme de mobilité
De nombreuses personnes, dont celles à mobilité réduite, ont beaucoup de mal à accéder aux transports. Que peut-on faire pour elles ?
C. D. : Il y a des choses à faire avec les associations pour identifier les points noirs de l'accessibilité, dont les nombreux ascenseurs qui sont en panne. Il faut être capable d'entretenir un service et pas seulement de l'inaugurer. Plus généralement, en matière d'information, je défends l'idée d'un numéro de téléphone qu'on pourrait utiliser nuit et jour, avec une vraie personne au bout du fil, qui vous dise quoi faire pour aller à tel ou tel endroit. Beaucoup de gens, dont les personnes âgées, ont des difficultés de lecture ou de compréhension et maîtrisent mal les outils développés par les entreprises de transports sur Internet ou les téléphones mobiles. Il est important de leur simplifier la tâche.
Fanny Mondet, 24 ans, étudiante à l'Engref
Vous souhaitez développer l'agriculture en Ile-de-France. Comment vous-y prendrez-vous ?
C. D. : Près de 50% du territoire francilien est agricole. L'une des questions importantes est celle de l'alimentation de proximité. Dans la région, le maraîchage a été abandonné pour des raisons de coût et parce que le foncier a été utilisé pour construire des parkings ou des centres logistiques. Nous voulons travailler sur l'ensemble de la filière, à commencer par l'aide à l'installation des jeunes. Aujourd'hui, quinze agriculteurs biologiques sont formés chaque année dans la région, mais dix d'entre eux sont contraints de quitter la région. Il faut également travailler sur les débouchés: faire de l'Ile-de-France une grande zone de production de blé, pour qu'à la fin de la mandature tous les lycées aient du pain bio au déjeuner.
Fanny
Comment voyez-vous l'avenir du plateau de Saclay, terre agricole et en même temps futur pôle de recherche ?
C. D. : On veut éviter que l'agriculture soit recouverte de béton. Nous sommes opposés au projet de déménagement de l'université Paris XI sur le plateau de Saclay, très éloigné des transports en commun, et qui est l'une des terres les plus fertiles de l'Ile-de-France. Nous voulons mobiliser davantage l'Agence régionale des espaces verts pour acquérir une partie du foncier afin de le louer aux agriculteurs. Je suis également attachée au projet de reconversion de la base aérienne militaire de Brétigny, un espace important de terres idéales pour le maraîchage bio, avec des casernes susceptibles d'héberger les agriculteurs sur place. Le fait d'avoir des lieux de production à proximité dans la région sera une question stratégique d'ici à 15 ans.
Pauline Crepeau, 23 ans, étudiante à l'Engref
Comment rendre les produits bio accessible à tous ?
C. D. : Plus on développe les circuits courts, plus on améliore la production et moins les produits sont chers. On économise notamment les frais de transports et les frais des distributeurs. Aujourd'hui, si on voulait que tous les lycées aient des repas bio, il faudrait importer massivement. La région ne peut pas impulser à son échelle une nouvelle politique agricole, mais elle peut soutenir les Amap, sécuriser les revenus des producteurs et les lieux de production.
Pauline
Quelle stratégie énergétique prévoyez-vous pour l'Ile-de-France ?
C. D. : Le plan de sortie du nucléaire est un plan sur 25 ans. L'idée est d'abord de faire des économies d'énergie, notamment dans le chauffage des bâtiments où l'on gaspille énormément. Plus de 10% de la population est en situation de précarité énergétique, et se chauffe pas ou mal. Dans notre programme sont prévus, grâce à la réalisation des économies d'énergie, la division par deux des charges dans 200000 logements d'ici quatre ans, la réduction des gaz à effet de serre, et la création d'emplois dans ce domaine, qui ne sont pas pourvus. En Ile-de-France, on ne forme que 30 personnes chaque année au diagnostic énergétique. Il s'agit d'emplois durables et non délocalisables. Ensuite, il faut développer la recherche sur les énergies renouvelables, moins de 1% des crédits alloués à la recherche ayant été utilisés dans ce domaine. J'ai visité à Paris un immeuble à énergie passive, qui produit plus de chaleur qu'il n'en a besoin. Il a le système du puits francilien, des tuyaux qui plongent dans le sol, à 25 mètres sous terre, là où la température reste toujours la même. On fait circuler l'eau, ce qui permet de récupérer en hiver la chaleur pour préchauffer les logements. C'est un immeuble sans radiateur. Le surcoût par rapport à un bâtiment classique est de 5%: en une année, ce coût est amorti. A l'échelle régionale, on mettra une "écoconditionnalité" à la construction des logements. On veut aussi mettre en place une structure dotée de fonds publics qui avance l'argent pour réaliser les travaux d'économie d'énergie. Cela existe, mais uniquement dans le privé, pour les locaux de bureaux.
Eric Coquil, 41 ans, programmeur
Les Verts ont-ils vraiment vocation à gouverner ou retrouveront-ils leur place derrière le PS ?
C. D. : Si tout le monde était convaincu par les idées écologistes et décidait de les appliquer, nous serions satisfaits. Mais force est de constater que, quand nous avons moins de poids, les socialistes reviennent avec leurs vieilles recettes. Par exemple, quand le maire de Paris avait plus de Verts dans sa majorité, il réalisait davantage de choses. Les électeurs et les électrices décideront s'ils veulent reconduire le président socialiste de la région ou s'ils confient les responsabilités aux écologistes afin d'aller plus vite et plus loin. Cela étant, notre conception n'est pas de dire que nous ne ferons rien tant que les électeurs ne nous aurons pas donné la majorité. On a toujours essayé de peser au maximum.
Eric
Que pensez-vous de l'ambiance de cette campagne électorale ?
C. D. : La manière le débat est mené, où l'on parle de tout sauf de projet, peut amener à dégoûter les gens. Nous n'avons pas participé à ces polémiques. Si on veut redonner un peu de sens à la politique, que chacun dise ce qu'il a à proposer. Il ne reste même pas trois semaines avant le scrutin et on n'a pas encore parlé des projets. Ça me désole pour la politique et la démocratie.
Jean-Christophe
Est-ce que vous vous voyez comme une utopiste ?
C. D. : Si on avait plus de place pour discuter des questions sérieuses, les gens n'auraient plus la vision caricaturale des écologistes. Durant des années, on nous a appelés pour avoir une réaction sur une marée noire ou sur la disparition de telle espèce de mouette, et quand on voulait parler d'économie et de social, on s'adressait plutôt à des gens "sérieux". Je pense qu'aujourd'hui, le discours sérieux est du côté de l'écologie.
Françoise
On se sait de vous que vous êtes jeune, que vous avez des enfants et que vous habitez à Villeneuve-Saint-Georges. Pouvez-vous en dire plus sur les raisons qui vous ont poussée là ?
C.D: J'ai regardé les JO de Vancouver et j'ai découvert que Vincent Vittoz, skieur de fond, est en fin de carrière à 34 ans. Moi, j'ai 34 ans et je suis une très jeune femme politique ! Donc il faut relativiser l'âge. Mes parents étaient très opposés à la politique politicienne et pensaient que les partis étaient des repères de voyous. Je suis venue à Paris à 17 ans pour faire mes études et j'ai participé à une association qui faisait du soutien pour les détenus. A cette époque, Véronique Vasseur avait écrit un livre sur la situation des prisons et nous avions contribué à des rapports pour les députés. Et puis, il ne s'est rien passé, alors que la gauche était au pouvoir. Je me suis impliquée dans la politique locale à Villeneuve-Saint-Georges aux côtés des Verts. Pour ces régionales, je n'avais pas prévu avant cet été d'être candidate. J'ai eu le sentiment qu'à un moment, on pouvait décider d'agir. On verra ce que ça donne. Je ne pense pas continuer à faire de la politique toute ma vie, parce qu'il faut garder une certaine fraîcheur. Si ne nous faisons que 6% aux élections régionales, ça me filera le bourdon. Après, je remonterai sur mon cheval mais je me dirai quand même qu'il y a une prime à ceux qui ne disent rien, qui ne font pas campagne, qui n'inventent pas ou qui mentent. Je suis là pour qu'on gagne.



































