Chants de bonzes, coups de canon et feu d’artifice : c’est au cours d’une cérémonie féerique que le Cambodge a incinéré, lundi, la dépouille de son ancien roi, Norodom Sihanouk. Les Cambodgiens sont venus en famille pour ce dernier au revoir à Monseigneur Papa, comme il était surnommé. Ils étaient cependant tenus éloignés du site de crémation, réservé à la famille royale et aux hauts dignitaires du pays et de l’étranger. Si ces derniers venaient surtout de pays d’Asie, la France était représentée par son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault.
Tout de blanc vêtu – la couleur du deuil, ici – les Cambodgiens ont rendu hommage pendant quatre jours, au charismatique Norodom Sihanouk. Un personnage controversé, mais qui a personnifié aux yeux du monde ce petit royaume d’Asie du Sud-Est durant des décennies d’une histoire tourmentée, lui qui a survécu à un coup d’Etat, au régime khmer rouge et à la guerre civile. Sa disparition, à l’âge de 89 ans, en octobre dernier, a suscité une large vague d’émotion dans la société.
Nostalgie d’un âge d’or
Aux alentours du palais royal, on pouvait prendre la mesure de l’attachement des Cambodgiens au père de l’indépendance. Un flot ininterrompu de personnes sont venues s’y recueillir, déposant des fleurs de lotus ou épaississant un peu plus un nuage d’encens. Bunchoeun, jeune riziculteur, a quitté ses champs il y a dix jours, « pour ne rien manquer des funérailles » de Sihanouk. « Pour moi, c’est très important d’être là afin de rendre un dernier hommage à celui qui fut le protecteur du pays. » Norodom Sihanouk a marqué plusieurs générations, souligne le réalisateur Rithy Panh. « Il reste très présent. Par son côté politique, mais aussi artistique. Il suffit de regarder le nombre de jeunes qui ont pris ses chansons comme sonnerie de téléphone. C’était le père, le représentant. Il y a une affection, je crois, très sincère. »
Pum Choun assiste pour la deuxième fois à des funérailles royales. « Celles du roi Suramarit, en 1960, avaient été tout aussi somptueuses, mais elles avaient rassemblé moins de monde. Sihanouk est bien plus populaire que son père, car il a fait beaucoup pour son pays. » « Il était comme un dieu pour nous », renchérit le frêle ouvrier Vanna, fier d’avoir été affecté à la construction du magnifique pavillon crématoire. « Le peuple le regrette. C’est lui qui a su développer le pays, et les Cambodgiens n’ont pas oublié qu’ils vivaient bien sous son régime. Bien mieux que maintenant... »
L’heure est à la nostalgie d’un âge d’or, celui d’un Cambodge des années 1960 prospère et en paix. Si, de son vivant, il n’est pas toujours parvenu à maintenir l’unité du royaume, par sa disparition, Sihanouk rassemble la nation. Une harmonie sociale cependant bien fragile, les regards étant portés vers les élections législatives de juillet, dont la tenue suscite d’innombrables inquiétudes.



































