Comme un aveu, à demi-mot : "ce courrier vous l'avez vu, j'ai fait comme tous les députés, c'est banal". Le ministre du Travail a reconnu ce jeudi avoir rédigé la lettre controversée (à lire : la lettre qui met à mal Woerth) saisie par la brigade financière et dont Lexpress.fr s'est fait écho mardi. Dans cette lettre adressée à Nicolas Sarkozy en mars 2007, Eric Woerth recommande Patrice de Maistre, "généreux donateur de l'UMP", pour l'obtention de la Légion d'honneur.
La lettre d'Eric Woerth
A la question de savoir s'il peut confirmer l'existence de cette lettre, le ministre hausse le ton : "Je n'ai jamais dit qu'elle n'avait pas existé, qu'est ce que c'est que cette histoire ?". La défense d'Eric Woerth semble pourtant se fissurer. Au début de l'affaire, le ministre du travail avait affirmé ne pas connaître Patrice de Maistre, avant de se rappeler le connaître "vaguement". Patrice de Maistre, patron de la société Clymène, gestionnaire des actifs de Liliane Bettencourt, a reçu des mains du ministre la fameuse décoration en mars 2008. Deux mois avant, ce même Patrice de Maistre avait embauché Florence Woerth au sein de sa société.
Le 29 juillet devant la Brigade financière, Eric Woerth nie une nouvelle fois tout conflit d'intérêt autour de cette décoration. Pour rappel, en juin 2010, au début de la révélation de l'affaire, Florence Woerth démissionne de son poste chez Clymène. Eric Woerth lui emboîte le pas en quittant ses fonctions de trésoriers de l’UMP. Lundi, l'avocat du ministre, Jean-Yves Le Borgne, affirmait que son client "n'avait pas porté" le dossier d'attribution de cette Légion d'honneur mais avait peut-être "donné un avis positif".
L'audition de Laurent Solly
A l'époque, la demande de décoration sera traitée par Laurent Solly, en poste au cabinet du ministre de l’Intérieur, et également directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’UMP. Elle sera redirigée vers le ministère de l’Economie et des Finances. Le JDD révèle ce jeudi que Laurent Solly a été entendu il y a quelques jours, dans la plus grande discrétion, comme témoin dans cette affaire. Selon le journal, les enquêteurs veulent savoir dans quel cadre il a traité ce dossier. "L’Intérieur n’avait aucune qualité pour initier une demande de Légion d’honneur à M. de Maistre, indique un ancien du cabinet Sarkozy… Son parcours professionnel relevait des finances", écrit le JDD. Laurent Solly aurait expliqué la "mécanique des demandes de décoration" mais déclaré ne pas avoir un "souvenir précis de la demande faite par Eric Woerth".
"Je l'ai dit à plusieurs reprises, je n'ai jamais menti sur rien, à qui que ce soit. Vous ne me croyez pas, c'est votre positionnement politique, vous instruisez à charge". Si Eric Woerth assure ne pas avoir menti, il semble bel et bien y avoir malaise. Au sein du gouvernement même. A quelques jours de l'examen du projet de loi sur les retraites, les dernières révélations successives touchant le ministre du travail embarrassent. Selon le Parisien, il serait relégué au second plan sur ce dossier. François Fillon serait chargé d'assurer le "côté politique du dossier", à la demande de Nicolas Sarkozy en personne. "Le Premier ministre devrait s’exprimer sur la réforme dans les prochains jours, en y mettant tout son poids politique". D'après le quotidien, il reviendrait à Eric Woerth le "côté technique" du projet.
Le carnet de notes de Banier
Le dernier rebondissement de l'Affaire ce jeudi, émane du photographe François-Marie Banier, l'homme par qui le scandale Bettencourt est arrivé. Selon Mediapart, le photographe relate dans son carnet de notes (avril 2007) les confidences de la milliardaire : elle aurait donné de l'argent à Nicolas Sarkozy, alors en pleine campagne présidentielle.
L'objet du scandale aurait été saisi par la police en juillet. Interrogé sur ce journal par les enquêteurs, François-Marie Banier aurait confirmé les écrits. Avant de préciser que l'héritière aurait pu lui mentir, ou se tromper de nom...
Laissez parler les petits papiers...
Aucune somme n'est écrite mais ce carnet de notes pourrait devenir gênant. Dans une interview sur le même site, l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, avait jeté un pavé dans la mare en déclarant que la milliardaire avait donné des sommes importantes à Eric Woerth en tant que trésorier de la campagne présidentielle, et remis des enveloppes d'argent au futur président lui-même. Une nouvelle histoire écrite sur du papier et qui, en refaisant surface, rafraîchit la mémoire des intéressés : le 13 juillet, François-Marie Banier déclarait dans L'Express que Liliane Bettencourt ne lui avait "jamais parlé de Sarkozy, ni de Woerth". Entre-temps, Liliane Bettencourt a révoqué le photographe de son titre de légataire universel.
Mercredi, une nouvelle perquisition avait lieu au domicile de l'héritière. D'après Le Monde, les enquêteurs tentaient de mettre la main sur les "petits papiers" que le photographe et le gestionnaire de fortune, auraient eu l'habitude d'écrire à la milliardaire afin qu'elle les apprenne par coeur, avant certains grands rendez-vous. Et démontrer ainsi qu'elle était "cohérente dans ses propos", aurait raconté l'ancienne femme de chambre, Mme Gaspard. Des bouts de papiers qui dévoileraient une femme sous influence (à lire : bataille sur une demande de mise sous tutelle).
Comme pour clôturer cette journée dans les méandres de l'affaire Bettencourt, le député PS Claude Bartolone et le Nouveau parti anticapitaliste, portent l'estocade en appelant Eric Woerth à démissionner.



































