Mis à jour 19-11-2009 17:01

Bino, 13 ans, chercheur d'or

Il n'est jamais allé à l'école et travaille comme orpailleur dans le nord de Madagascar. Portrait.

Bino, 13 ans, n'est jamais allé à l'école. Il habite dans le hameau de Betsiaka, en pleine brousse, à une heure de piste de la ville la plus proche, Ambilobe.

A. Bogaert/Metro

Quand il ne garde pas les zébus de son grand-père, à plus de deux heures de marche de Betsiaka, son hameau de la région de Diana, Bino cherche de l’or. Ce jeune garçon qui pense avoir 15 ans (ses parents disent qu’il en a 13) n’est jamais allé à l’école.

"Mes parents ne veulent pas"
L’établissement n’est pourtant qu’à quelques minutes à pieds de la case en bois où il dort avec ses frères et sœurs, non loin de celle de ses parents. Le huitième d’une fratrie de dix, c’est le seul qui ne reçoit aucune instruction. "L’école, ça ne m’intéresse pas vraiment et ça me fait un peu peur aussi", marmonne-t-il, mal réveillé en ce tout début de matinée. De toute façon il n’a pas le choix : "mes parents ne veulent pas que j’y aille."

Pourquoi ? Il n’en sait rien. Il ne leur a jamais demandé. Il ne sait pas non plus que l’éducation est un droit, son droit. "C’est quoi un droit ?", demande-t-il. Bemora, son père agriculteur et orpailleur, assure qu’il n’y a "pas de discrimination entre les enfants" et que "c’est à cause de l’argent" que son fils est privé d’école. Alors Bino occupe ses journées à travailler. "Le travail c’est pas difficile", dit-il, déjà ultra musclé pour son âge.

Des blocs de roche de 25 kilos
Ce matin, après un rapide tour dans le pré voisin où paissent des zébus, il décide d’enfiler sa casquette d’orpailleur. Avec ses copains du village – dont certains travaillent avant d’aller à l’école – il s’enfonce dans un trou profond et, à l’aide d’une barre à mine, creuse la pierre. Il détache 25 kilos de roche ocre qu’il achemine sur plusieurs centaines de mètres, de la mine au point d’eau où il tamise la pierre. Ici, pas de pépites, le filon est presque épuisé. S’il est chanceux, il recueillera quelques décigrammes, tout au plus. Suffisamment pour récolter un peu d’argent, qu’il partage avec ses parents. Le reste, il l’utilise pour s’acheter des vêtements.

Lui qui ne sait compter que jusque 40 reconnait les billets d’aryaris (la monnaie malgache) à leur couleur. Si on lui laissait le choix, "oui" il irait à l’école. Et quand on lui demande quel serait son rêve, il dit, après mûre réflexion : "j’aimerais bien être enseignant".

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