Démissionner, il y a pensé mais a préféré ne pas le faire, au bénéfice de "l'efficacité". C'est dans les grandes lignes ce qu'a expliqué Bernard Kouchner ce lundi, au micro de RTL

"S'en aller, c'est accepter"
Face à la "polémique" grandissante autour des expulsions de Roms, le ministre des Affaires étrangères a exprimé son malaise en déclarant avoir "pensé à la démission". "Je ne suis pas content de ce qui s'est passé, les Roms je m'en occupe depuis 25 ans. Je ne suis pas content de cette polémique, de cette espèce de mayonnaise verbale", a-t-il ajouté.

"Chacun est responsable de l'intégration de ses populations et vraiment, ça me fend le cœur de voir, (...) les Roms en particulier, être malmenés, exploités, des enfants qui sont drogués pour paraître malades et apitoyer les populations. Il y a une vraie, comment dirais-je ?, une oppression, et même une esclavagisation de ces populations. Ca, ça  ne m'amuse pas du tout. Comment faire pour y remédier ? En démissionnant ?", interroge le ministre. Avant de répondre : "S'en aller, c'est déserter. S'en aller, c'est accepter."

Il assure avoir fait part de cet aveu à Nicolas Sarkozy : "Bien sûr, j'en ai parlé. Si on n'en parle pas avec le Président, on en parle avec qui ?". Bernard Kouchner est le second ministre à prendre ses distances avec la politique du gouvernement. Dimanche, Hervé Morin, le ministre de la Défense avait fustigé les discours de "la haine, de la peur et du bouc-émissaire". Mais sur la forme, si le ministre des Affaires étrangères dit avoir le "coeur  brisé" par cette question, sur le fond, il concède qu' "une politique sur les Roms est nécessaire". 

"Jamais le président n'a stigmatisé une minorité en fonction de son origine"
- Changement de ton - Vendredi, conférence annuelle des ambassadeurs de France - Bernard Kouchner soutient publiquement les positions sécuritaires du chef de l'Etat, et fustige le rapport du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (CERD) sur les discriminations. Un rapport très critique à l'égard de Paris vis-à-vis de sa politique sur les Roms. "Non, nous n'acceptons pas les caricatures. Non, nous n'acceptons pas les amalgames", déclare alors Bernard Kouchner, avant d'ajouter : "Jamais le président de la République n'a stigmatisé une minorité en fonction de son origine. Jamais nous n'accepterons qu'une minorité soit sanctionnée pour ce qu'elle est".

Fillon salue le soutien de Kouchner à la politique du gouvernement
Une nouvelle fois ce lundi, le ministre a pointé du doigt le rapport de l'ONU : "Si vous contemplez, comment dirais-je ?, la provenance des experts qui se sont prononcés, la France n'a vraiment pas à rougir, la France au contraire est le premier pays d'asile européen, le deuxième au Monde, nous sommes passés devant les Canadiens, c'est-à-dire : premiers, les Etats Unis, deuxième, la France."

Interrogé sur France Inter, le Premier ministre François Fillon - qui s'est par ailleurs dit "surpris" par la critique d'Hervé Morin, "On aura l'occasion d'en discuter avec (lui)" - a assuré que "non seulement Bernard Kouchner n'a pas démissionné, mais il a fait devant les ambassadeurs un discours, dans lequel il a défendu la politique du gouvernement et en particulier, il s'en est pris à tous ceux qui ont utilisé des paroles insupportables, comparant les retours volontaires de Roms aux déportations par les nazis".

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