Voilà qui pourrait, pour un temps, mettre fin au parallèle souvent fait entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi. Si les deux conserveront sans doute leur amour pour le clinquant, les belles femmes, les puissants chefs d'entreprise et les hommes de médias, ils ne pourront pas comparer leurs résultats aux élections régionales de leurs pays respectifs. Tandis qu'en France, ce scrutin a été synonyme de débâcle pour le gouvernement, le Cavaliere peut, lui, se vanter d'en ressortir grandi en remportant quatre régions supplémentaires.

Cocaïne et prostituées transsexuelles
Après deux années surtout marquées par les scandales de corruption et ses rapports extraconjugaux avec des mineures, le président du Conseil italien semblait avoir perdu de sa superbe. Impression appuyée par des sondages catastrophiques. Alors que les observateurs et autres commentateurs avaient fait de cette élection une sorte de référendum "pour ou contre Berlusconi ?", les bons scores de la coalition de centre-droit (comprenant la Ligue du Nord et l'extrême droite) n'en sont que plus retentissants.

En détails, le parti de la majorité s'est facilement emparé du Latium, de la capitale Rome, où la gauche était embourbée dans ses propres scandales. L'année dernière, le gouverneur avait dû démissionner, mis en cause dans une affaire de cocaïne et de prostituées transsexuelles. Renata Polverini, syndicaliste inconnue du grand public, s'y est imposée au détriment de l'ex-commissaire européenne Emma Bonino, qui s'est attiré les foudres de l'électorat catholique après ses prises de position pour l'avortement et l'euthanasie.

Stratégie payante
"Les miracles arrivent", a commenté, en larmes, Mme Polverini, au soir de sa victoire. L'autre victoire de prestige pour la droite a eu lieu dans la région du Piémont, où se situe Turin, dans le Nord industriel du pays. Le gouvernement peut aussi se féliciter d'avoir remporté la Campanie, la région de Naples, son intervention pour mettre fin à la crise des poubelles y étant sans doute pour quelque chose. En Vénétie enfin, la stratégie d'alliance s'est avérée payante puisque la Ligue du Nord y a triomphé.

L'autre victoire de Silvio Berlusconi, certes symbolique mais tout aussi frappante, est le taux de participation de 64%, très loin devant les 48% français vécus comme un véritable désaveu de la politique du gouvernement en place. Même s'il faut bien préciser que le taux italien a baissé de huit points par rapport aux régionales de 2005. Au final, la droite ne remporte d'ailleurs que six régions, contre sept à la gauche. Mais Stefano Folli, célèbre journaliste politique du quotidien économique Il Sole 24 Ore, place ces chiffres dans leur contexte : "Personne n'aurait été surpris que Berlusconi perde ces élections, mais il a manœuvré avec son habileté coutumière dans une campagne électorale mesquine."