Depuis une semaine, l'Ukraine est au coeur d'une polémique dont elle se passerait bien. La célèbre opposante Ioulia Timochenko, une ex-Première ministre âgée de 51 ans condamnée en octobre dernier à une peine de prison pour abus de pouvoir, a fait une annonce fracassante mardi 24 avril : une grève de la faim, visant à dénoncer la "répression politique" dont elle se dit victime. Une décision également motivée par les mauvais traitements qu'elle aurait subi à plusieurs reprises par le personnel carcéral de sa prison de Kharkiv.
Sujette à d'importants problèmes de dos, elle affirme notamment avoir été sévèrement battue le 20 avril, lors de son transport de la prison vers l’hôpital. "Trois hommes sont entrés dans ma cellule. Ils se sont approchés de mon lit, m’ont enroulée dans une couverture et m’ont traînée au sol avant de me frapper", a-t-elle a fait savoir dans une déclaration diffusée par le service de presse de son parti. "(...) On m’a attaché les pieds et les mains. Ils m’ont ensuite fait sortir dans la rue : j’ai bien cru vivre mes derniers instants". Contrainte d'être soignée à un hôpital de la même ville, elle aurait par ailleurs refusé d'être examinée par un médecin ukrainien. "J’ai demandé à voir mes avocats et j’ai cessé de m’alimenter depuis ce jour", a-t-elle ajouté.
Deux jours plus tard, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a promis une enquête sur les violences que l'opposante affirme avoir subies en prison. "J'ai ordonné au Parquet général d'enquêter sur cette question et j'espère que nous aurons bientôt une réponse précise", a-t-il fait savoir au cours d'un déplacement à Tchernobyl pour le 26e anniversaire de la catastrophe nucléaire de 1986. Pourtant, aux yeux de la célèbre politicienne qui a été battue à la présidentielle de 2010, l'actuel chef de l'Etat chercherait à tout prix à l'écarter de la scène politique. Cette dernière décrit les poursuites dont elle fait l'objet comme une vengeance personnelle.
L'Union Européenne condamne
Malgré la promesse du gouvernement d'élucider cette affaire, les critiques occidentales à l'encontre de Kiev se multiplient. Le président allemand Joachim Gauck a d'ores et déjà refusé une invitation en Ukraine et un porte-parole de la présidence a indiqué que cette décision "pouvait être mise en relation avec l'incarcération de Mme Timochenko". Par ailleurs, des représentants de la chancellerie ont indiqué à des représentants du gouvernement ukrainien que la chancelière Angela Merkel pourrait ne pas se rendre dans ce pays pour le championnat d'Europe de football en juin, selon un journal allemand.
L'Union Européenne en général a exprimé une position similaire, la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton faisant savoir qu'elle était "profondément préoccupée par la situation de Mme Timochenko", et a demandé aux autorités ukrainiennes de permettre à l'ambassadeur de l'UE en Ukraine de lui rendre visite en prison. De son côté, la Russie a même appelé l'Ukraine à "faire preuve d'humanité". "Nous suivons de près la situation concernant l'ex-Premier ministre ukrainien. Ioulia Timochenko a besoin d'une aide médicale urgente", a déclaré le porte-parole de la diplomatie russe Alexandre Loukachevitch.
Face à tant de pressions, Kiev a accepté la présence d'une équipe de médecins allemands à aller soigner Ioulia Timochenko dans sa prison. D'autres médecins allemands, qui ont déjà rencontré l'opposante, ont par ailleurs prévu de présenter un rapport sur son état de santé. Outre une peine de sept ans de prison pour abus de pouvoir, Ioulia Tymochenko est à nouveau jugée, depuis le 26 avril pour détournements de fonds publics et fraude fiscale en 1997-1998 lorsqu'elle était à la tête du groupe Systèmes énergétiques unis d'Ukraine (SEUU). Ces délits sont passibles de 12 ans de prison.










































