Quelle est votre position concernant l’autorisation délivrée par la Commission européenne pour une pomme de terre OGM ?
C’est grave. C’est un très mauvais signal aux citoyens européens qui doutent déjà de l’Europe. La nouvelle commission Barroso qui vient de se mettre en place ne trouve rien de plus urgent à faire en temps de crise que d’autoriser des OGM et de baisser les standards de commercialisation.
Cette pomme de terre n’a jamais été cultivée nulle part. Certes, on nous dit qu’elle n’est pas destinée à l’alimentation humaine, mais c’est une porte ouverte. 

La Commission Barroso II s’appuie sur une décision de l’AESA (Agence europénne de sécurité des aliments). Qu’en pensez-vous ?
Je conteste les conditions dans lesquelles travaille l’AESA. La présidence française a d’ailleurs demandé des changements dans ses méthodes. L’ancienne responsable du dossier OGM, Suzy Reckens, a quitté l’agence pour partir chez Syngenta, qui produit des semences OGM. Cette décision, prise à la va-vite à la demande pressante de BASF, est extrêmement négative. Le commissaire à l’environnement de l’équipe sortante était opposé aux OGM. Dans la nouvelle commission, la question des OGM a été basculée dans le champ de la santé, avec la nomination d’un nouveau commissaire pro-OGM.

Peut-il y avoir des recours contre cette décision ?
Le Parlement européen dispose d’un droit de recours. La question pourrait être posée, mais c’est une procédure lourde. La cour de justice pourrait aussi être amenée à faire revoir cette décision, mais les citoyens européens eux-même n’ont aucun recours.

Au niveau des Etats, des clauses de sauvegarde sont pourtant possibles ?
La clause de sauvegarde implique de justifier sa décision. Le commissaire à la Santé propose qu’il soit désormais permis aux Etats d’interdire sur leur territoire la mise en culture d’un produit autorisé par l’Europe, mais cela ne concerne pas la consommation. En réalité, c’est une manière détournée pour permettre plus facilement aux autres Etats d’en cultiver. Je veux insister aussi sur le fait que la Commission envisage d’alléger considérablement les études préalables à la commercialisation, et de les supprimer dans la majorité des cas, en appliquant le principe américain d’équivalence en substance.