Au Nord-Ouest, sanctuaire des talibans et des islamistes, les inondations ont fait plus de 12 millions de sinistrés. Et l’armée, d’abord occupée à sauver les populations inondées, a ralenti ses opérations militaires. D’abord dans la vallée de Swat où elle était très active depuis deux ans. “Il n’y a plus d’opérations terrestres, ni de caches d’armes à trouver, ni de postes de police à faire exploser : tout est détruit et la guerre est suspendue. Mais les talibans, eux, en profitent”, explique Mansur Mehssud, expert en terrorisme.

“Il y a eu des pertes dans leurs rangs, des refuges et des caches d’armes ont été emportés. Mais les chefs avaient fui il y a déjà des mois la vallée pour se planquer en haute montagne. Le mouvement reste donc intact et, comme l’armée est occupée à autre chose, les fondamentalistes ont moins de pression et en profitent pour se reconstituer et s’organiser.” Quant aux talibans du TTP, basés au Nord-Waziristan, cible première de l’armée pakistanaise et des Etats-Unis, “ils n’ont quasiment pas été touchés par les inondations car ils vivent en haute altitude”.

D’autre part, certaines organisations islamistes ont des branches caritatives. Comme la Jamaat ud Dawa, affiliée au Lashkar e taeba (actif au Cachemire, soupçonné d’être derrière les attentats de Bombay de 2008, et sur la liste des organisations terroristes de l’ONU et des Etats-Unis). Créée en 1990, elle secourt très activement les victimes. “Ce sont les premiers à être venus. Ils nous donnent de la nourriture, distribuent des tentes, dispensent des soins…

Heureusement qu’on les a !” lance Ijaz, un ingénieur à peine trentenaire. Sur ses stands de collecte à Peshawar, la Jamaat recueille presque 1 000 euros par jour. “Ils aident. C’est ce qui importe. Il faut les soutenir”, dit un donateur. Ajoutons à cela des dizaines de volontaires qui les rejoignent chaque jour. Ces organisations redorent leur image auprès des sinistrés : l’occasion d’allonger leur liste de donateurs et de sympathisants.

Consciente de ce risque de dérive et du danger qu’il y aurait de ne pas aider le Pakistan – pays clé dans la lutte contre le terrorisme –, la communauté internationale réagit enfin. Au-delà de la crise humanitaire, il s’agit d’éviter une grave crise sécuritaire.

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