L'affaire Cahuzac aurait du plomb dans l'aile. Selon le Nouvel Observateur, le fisc français a pu vérifier si, oui ou non, le ministre délégué au Budget a clôturé un compte chez UBS en 2010 comme le prétend Médiapart. Les autorités helvètes seraient formelles : Jérôme Cahuzac n'aurait pas fermé de compte, sur une période allant de 2006 à 2010.

La requête de Paris aurait été effectué dans le cadre d'une "assistance administrative", une nouveauté instaurée en novembre 2009. Longtemps critiquée pour l'opacité de son système, la Suisse a part cette mesure assouplie ses règles en matière de système bancaire. Comme le précise l'Obs, le fisc français peut adresser des demandes à son homologue suisse concernant tel ou tel contribuable soupçonné d’évasion fiscale. En l'occurrence, le dossier communiqué jouerait en faveur du ministre.

Une audition de l'ex agent du fisc mercredi

Hasard du calendrier, ces révélations coïncident avec l'audition ce mercredi de Rémy Garnier dans l'enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale. Cet ex-agent du fisc avait rédigé un mémoire suggérant que Jérôme Cahuzac pourrait avoir détenu un compte en Suisse. L'avocat de cet ex-inspecteur du Lot-et-Garonne n'est autre que... Michel Gonelle, l'homme détenant l'enregistrement sur lequel, à l'en croire, le ministre délégué a évoqué un compte en Suisse, en 2000.

Rémy Garnier a par ailleurs affirmé être en possession d'un nouveau document concernant le ministre, confirmant ainsi ce que rapporte Sud Ouest dans son édition de mardi. Il a indiqué avoir soumis ce document à la justice administrative, en vue d'obtenir l'annulation de l'avertissement que lui avait infligé l'administration fiscale pour avoir consulté le dossier fiscal de Jérôme Cahuzac en 2007, sans le consentement de sa hiérarchie.

"Des anomalies relatives à sa déclaration d'impôt sur la fortune"

Il s'agirait, comme l'a également indiqué Sud Ouest, d'une copie d'un courrier électronique adressé au ministre le 19 décembre dernier par son expert comptable parisien, évoquant des observations de la Direction régionale des finances publiques de Paris-Sud. Ces observations, selon Rémy Garnier, portent sur "des anomalies relatives à sa déclaration d'impôt sur la fortune".

Le site d'investigation Mediapart avait déjà affirmé qu'une enquête était menée par le fisc pour déterminer s'il y avait eu de la part de Jérôme Cahuzac une sous-évaluation d'au moins 10% de la valeur de son appartement parisien et sur la prise en compte d'un prêt parental en fait déjà remboursé. Le courrier du 19 décembre évoque ces deux points, selon Rémy Garnier, ainsi, selon lui, qu'un troisième ayant trait à une collection de montres. L'administration fiscale demeure évasive sur le sujet : après l'article de Mediapart, elle avait démenti qu'un membre quelconque du gouvernement fasse l'objet d'une enquête fiscale, indiquant que seul "un examen de la situation fiscale des membres du gouvernement était en cours", "comme c'est l'usage pour chaque nouveau gouvernement".